—Ne pleure pas. Ne pleure pas. Je n'ai plus que toi.

—Ah! dit Antony, pourquoi faut-il que ce ne soit pas vrai!

Il n'approchait pas. Il ne lui ouvrait pas les bras. Il avait séché ses larmes mais se contenait affreusement. Il avait fait un trop grand effort pour renoncer à elle, sans lutte. Elle l'avait humilié d'ailleurs, de sa pitié, le traitant en petit garçon qu'on peut endormir. Il était fier de n'avoir pas dormi, d'avoir veillé contre l'ensorcellement. Mais il ne lutta pas longtemps. Il la retrouvait. Il se jeta. C'était un taudis trop neuf, trop sec, trop propre: du bois blanc, deux chaises, un lit étroit. Pas de tapis où s'abandonner, pas de coussins: des angles à tout, même à la tendresse. Et tout leur jetait à la face le crime social et sa faute à elle, contre lui.

—Viens! dit-elle.

Il ne comprit pas.

—Où? Dans ta chambre?

—Oh! non! non! si tu savais! Allons-nous-en d'ici.

Il la regarda. Elle était nu-tête, un peu dépeignée. Ses cheveux bouffaient, bouclaient, tombaient, sans coquetterie, en un hasard touchant: rien n'était apprêté, pas même sa misère. Sa nuit d'insomnie et de méditation, ses nuits de travail n'altéraient pas sa jeunesse fine et fière: la fatigue avait seulement posé sa patine d'humanité sur ce divin visage. Les yeux étaient plus lents, plus profonds; la bouche était parfaite, de ne plus sourire. La silhouette se levait dans cette aurore, argentine et nacrée: c'était une harmonie blanche en robe blanche et comme une apparition de limbes en cette chambre de valet.

—Viens! répéta la princesse.