—Vous avez été gentil de venir, Gaël. Je voulais vous écrire. J'ai un service à vous demander. Cet enfant doit disparaître. J'ai compté sur vous.
—Sur moi!
La princesse ne s'attarda pas à l'accablement de Gaël. Elle parlait avec une extrême difficulté, mais énergique, héroïque en sa cruauté, elle voulait en finir.
—Oui, sur vous. Je sais, je sais, Gaël, que c'est un monstre, un fléau. Emportez-le.
—Il est si beau! dit Gaël, si délicat, si intelligent, oui, intelligent. Il a des mines, Madame, et il sourit, je vous le jure. Voyez-le. Voyez-le. Vous ne pouvez pas ne pas l'aimer.
Il ne se refusait pas à une émotion d'enfant et de grand-père. C'était le petit qu'il avait toujours rêvé, le fils qu'il n'avait pas eu. Il l'avait d'abord chéri comme un magnifique arbuste d'expérience. C'était le premier être de la nouvelle race, le premier homme de l'ère neuve, c'était Demain—et la vie totale qu'il avait tant cherchée. Puis il l'avait charmé, touché naïvement: c'était son petit-fils, d'avance, et en mieux.
—Votre Altesse ne se rend pas compte, poursuivait-il. Vous êtes malade. Calmez-vous. Elle n'a plus le pouvoir de condamner à mort cet ange innocent...
—C'est vous qui ne vous rendez pas compte! interrompit-elle durement. Il ne s'agit pas d'exécuter un amant trop fidèle. Il faut sauver le vieux monde. Cet enfant est le fléau des rois, je le répète. C'est pis que la révolution. C'est le bâtard, enfin, le bâtard, vous entendez, pis que l'Antéchrist; il ne faut pas...
—Je ne suis pas un assassin, gémit Gaël.