—Si je veux!
Il arrêta net ses lamentations.
—Ah oui! il te faut de l'argent! te voilà femme: il ne te faut plus rien pour être fille. Tu peux te vendre maintenant que tu t'es donnée. Eh bien! écoute: tu vas me jurer que tu ne coucheras jamais avec un riche.
Une cicatrice de sourire glissait sur des lèvres pétrifiées, dans une face pâle.
Le jeune homme se précipita sur le lit.
—Pardonne-moi, dit-il, je t'aime, vois-tu, je t'aime! Il arrive toujours que les riches profitent, qu'ils violent, qu'ils abusent, qu'ils attirent à eux les vierges et qu'ils nous jettent après, pêle-mêle, de la chair, de la boue, des larmes. Moi, je ne veux rien avoir fait pour eux, pas même de la honte, puisqu'il y resterait de la volupté. Je ne veux pas t'avoir goûtée pour eux: je voudrais recracher ta virginité. Je te garderai. Oui, je sais, je suis pauvre. Mais toi aussi, tu es pauvre. As-tu tellement besoin d'avoir des sous? Je t'en gagnerai. Je t'aime.
—Moi aussi, je t'aime, mon petit. Tu es sauvage et tu es propre. Tu as une odeur de pauvre et une odeur d'enfant. Pourquoi es-tu amer? Les gens qui sont riches, ce n'est pas leur faute, va!...
—Qu'en sais-tu?
Il se défiait.
—Quand je te disais que tu n'étais pas d'ici!