Les soldats de la IIIe légion ratifièrent ce choix et, malgré la résistance du proconsul, lui conférèrent le pouvoir, à Thysdrus, en lui laissant son fils comme lieutenant. Des députés furent alors envoyés au Sénat qui approuva l'élection et déclara Maximin ennemi public (237). A cette nouvelle, le sénateur Capellien qui gouvernait la Maurétanie et, disposant de forces importantes, était chargé de garder les limites, se déclara pour Maximin. En même temps Gordien, avec lequel il avait eu des démêlés, prononçait sa destitution.
Bientôt Capellien envahit la Numidie à la tête de troupes aguerries depuis longtemps par les luttes incessantes qu'elles soutenaient contre les Maures. Pendant ce temps, les Gordiens réunissaient et armaient à la hâte des adhérents nombreux, mais indisciplinés, et se portaient bravement à la rencontre de l'ennemi. La bataille eut lieu en avant de Karthage, elle se termina bientôt par le triomphe de Capellien et la mort du jeune Gordien. Pour ne pas tomber entre les mains de son ennemi, le vieil empereur se donna la mort en s'étranglant avec sa ceinture, six semaines après son élévation.
Capellien s'empara de Karthage, mit cette ville au pillage et commit en Afrique les plus grandes cruautés [186]. Il suivait en cela les ordres de son maître qui, furieux contre l'Afrique, avait promis à ses soldats les biens des habitants de cette province, de même qu'il leur avait octroyé les propriétés des sénateurs. Il voulait ainsi assouvir sa vengeance contre ceux qui s'étaient prononcés contre lui. Il est probable que, pour punir la IIIe légion, il la licencia [187].
[Note 186: ][ (retour) ] Hérodien, Hist., 1. VIII.
[Note 187: ][ (retour) ] Ragot, p. 205. Cela est constaté par une inscription trouvée à Gemellæ, et d'où il résulte que cette légion fut rétablie en 253.--Voir l'article de M. Pallu de Lessert dans le Bulletin des Antiquités africaines, fasc. XII, p. 73, et la communication de M. Cat à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, séance du 26 mars 1886.
Sur ces entrefaites, Maximin fut assassiné par les soldats lassés de ses cruautés (238). Le sénat, malgré la mort des Gordiens, avait persisté dans son refus de reconnaître Maximin: deux sénateurs avaient été élus empereurs et on leur avait adjoint comme césar, un petit-fils de Gordien Ier, âgé de 13 ans. Après s'être défaits de Maximin, les prétoriens mirent à mort les deux fantômes d'empereurs et proclamèrent à leur place le jeune Gordien, sous le nom de Gordien III.
Que devint l'Afrique pendant ces guerres civiles? L'histoire ne nous le dit pas, et nous en sommes réduits aux conjectures. Il est probable que la restauration de la famille de Gordien fut bien accueillie dans la Proconsulaire. On ignore le sort de Capellien, mais il n'est pas téméraire de conjecturer qu'il fut mis à mort. En 240 un certain Sabinianus, proconsul d'Afrique, suivant son exemple, se proclama empereur et voulut soulever sa province. Le præses de la Maurétanie restait fidèle à Gordien. L'usurpateur marcha contre lui et obtint d'abord quelques succès; mais, l'empereur ayant envoyé du renfort en Maurétanie, le præses reprit l'offensive, chassa devant lui les envahisseurs, et vint, à son tour, mettre le siège devant Karthage. Les habitants de cette ville, pour obtenir leur pardon, livrèrent Sabinianus aux troupes fidèles.
Période d'anarchie. Révoltes en Afrique.--A l'époque que nous avons atteinte, les empereurs se succèdent au pouvoir avec une rapidité qui démontre à quel état d'anarchie l'empire est tombé.
L'arabe Philippe, brigand de grands chemins, parvenu à l'emploi de préfet du prétoire, tue Gordien III et se fait proclamer à sa place (244); Decius (249), Gallus (251), le maure Emilien (253), passent successivement au pouvoir et périssent tous sous les coups des soldats. En 253, Valérien ancien chef de la IIIe légion, s'empare de l'autorité et la conserve pendant quelques années, mais en 260, il est fait prisonnier par Sapor, roi des Perses.
Que pouvait faire l'Afrique pendant cette anarchie? Le silence de l'histoire est suppléé ici par les inscriptions relevées en Algérie. Les tribus indigènes, particulièrement celles qui occupaient la région montagneuse comprise entre Cirta, Sétif, Rusucurru (Dellis) et la mer en profitèrent pour attaquer les colonisations latines. Les maures du sud-ouest paraissent les avoir soutenues. En 260 un officier du nom de Q. Gargilius, chef de la cohorte des cavaliers auxiliaires maures cantonnés à Auzia (Aumale), prend et met à mort un rebelle du nom de Faraxen, chef des Fraxiniens. Après ce succès, Gargilius se met en marche vers l'est pour rejoindre le légat de la Numidie qui accourt avec les troupes disponibles, niais il tombe dans une embuscade dressée par les Babares et périt en combattant.