[Note 193: ][ (retour) ] Pallu de Lessert, loc. cit., p. 81.

3° Et la Maurétanie Tingitane, rattachée au diocèse d'Espagne, et commandée par un comes Tingitanæ, relevant directement du magister peditum (sorte de ministre de la guerre) de Rome. Son administration civile était confiée à un præses obéissant au vicaire d'Espagne. Le manque de communication terrestre entre la Tingitane et la Césarienne, ses relations constantes avec l'Hispanie, si proches, expliquent ce rattachement à l'Europe.

CHAPITRE IX

L'AFRIQUE SOUS L'AUTORITÉ ROMAINE (Suite).

297-415.

État de l'Afrique à la fin du iiie siècle.--Grandes persécutions contre les chrétiens.--Tyrannie de Galère en Afrique.--Constantin et Maxence, usurpation d'Alexandre.--Triomphe de Maxence en Afrique; ses dévastations.--Triomphe de Constantin.--Cessation des persécutions contre les chrétiens; les Donatistes; schisme d'Arius.--Organisation administrative et militaire de l'Afrique par Constantin.--Puissance des Dunatistes. Les Circoncellions.--Les fils de Constantin; persécution des Donatistes par Constant.--Constance et Julien; excès des Donatistes.--Exactions du comte Romanus.--Révolte de Firmus.--Pacification générale.--L'Afrique sous Gratien, Valentinien II et Théodose.--Révolte de Gildon.--Chute de Gildon.--L'Afrique sous Honorius.

État de l'Afrique à la fin du iiie siècle.--Nous avons vu dans le chapitre qui précède, combien les révoltes des indigènes rendaient précaire la situation de la colonisation africaine. Quatre siècles et demi s'étaient écoulés depuis la chute de Karthage, et les Romains avaient effectué leur conquête avec la plus grande prudence, ménageant les transitions et n'avançant que méthodiquement. Ils avaient fait des efforts considérables pour coloniser l'Afrique et avaient pu croire un instant au succès; mais sous les règnes les plus brillants, les révoltes des Berbères avaient démontré la précarité de celle occupation et, malgré le déploiement d'un appareil militaire formidable pour l'époque, la puissance de l'empereur avait été insultée par les sauvages africains.

Cette situation, dont le danger déjà pressenti allait se démontrer par des faits, était la conséquence d'une erreur ou d'un oubli des maîtres du monde, dans leur tentative de colonisation. Ils n'avaient pas assez tenu compte de la race indigène et, se contentant de la refouler dans les plaines livrées aux colons, ils l'avaient laissée se concentrer, se renforcer au milieu d'eux, dans de vastes contrées comme le pays des Quinquégentiens et le massif de l'Aourès. Ils voyaient bien aussi les tribus nomades du sud se masser sur la ligne du désert, mais ils se contentaient de renforcer leurs postes ou de les reporter plus au sud.

Certes, dans les plaines et le Tel de l'Afrique propre et de l'ancienne Numidie, la vieille race indigène avait disparu ou s'était assimilée. La langue, la littérature et les institutions de Rome avaient été adoptées par ces Berbères. Ceux-là n'étaient pas à craindre; mais, tout autour d'eux, la race africaine se reconstituait et était prête à entrer en lutte. L'anarchie, prélude du démembrement de l'empire, les luttes religieuses, dont l'Afrique était sur le point de devenir le théâtre, allaient servir merveilleusement la reconstitution de la nationalité africaine et permettre aux nouvelles tribus berbères de s'étendre en couche épaisse sur les restes des anciennes. Il y a là un enseignement que les colonisateurs actuels de l'Afrique feront bien de ne pas perdre de vue, car ce fait prouve une fois de plus que, si la conquête est facile, il n'en est pas de même de la colonisation et que, tant que la race autochthone reste à peu près intacte, l'établissement des étrangers au milieu d'elle est précaire.