«Les troupes, on le voit, étaient divisées en deux classes: les troupes mobiles et celles qui gardaient en permanence la frontière [203]

Sous le Bas-Empire, l'organisation des assemblées provinciales fut modifiée; le culte de l'empereur ayant disparu, leurs attributions religieuses cessèrent et le concilium devint une assemblée purement administrative, chargée d'éclairer les préfets et de leur fournir un appui moral, car il n'avait aucun droit exécutif. La centralisation établie par Constantin fit cesser l'autonomie des provinces. L'empereur voulut tout diriger du fond de son palais et c'est dans ce but que les fonctions furent multipliées. Des curiosi, inspecteurs plus ou moins occultes, furent chargés de surveiller les fonctionnaires et de rendre compte de leurs moindres actes au chef suprême; en même temps les cités reçurent des defensores, dont la mission était de protéger les citoyens contre l'injustice et la tyrannie des agents du prince.

Le concilium provincial conserva le droit de présenter des vœux et des doléances à l'empereur; sa réunion était l'occasion de fêtes et de réjouissances publiques; la convocation était faite par le préfet. Le sacerdos provineiæ, dont la fonction paraît avoir été conservée pendant quelque temps encore, dut céder la présidence du concile au préfet ou à son vicaire. Le corps des sacerdotes, ou prêtres devenus chrétiens, fut entouré d'honneurs et d'immunités; mais il perdit toute occasion de s'immiscer légalement dans les affaires administratives [204].

[Note 203: ][ (retour) ] L'Afrique septentrionale après le partage du monde romain, par Berbrugger, travail extrait de la Notice des dignités, de Booking.

[Note 204: ][ (retour) ] Les Assemblées provinciales et le culte provincial, par M. Pallu de Lessert, passim.

Puissance des Donatistes.--Les Circoncellions.--Vers 321, les Donatistes avaient obtenu le rappel de leurs exilés, et il se produisit une sorte d'apaisement. En 326, Cécilien étant mort fut remplacé par Refus: de leur côté, les Donatistes élirent Donat, homonyme de l'évêque des Cases-Noires, comme successeur de Majorin. Peu après, les nouveaux élus réunissaient à Karthage un concile auquel deux cent soixante-dix évêques prirent part et où, grâce à des concessions mutuelles, on put consolider la trêve.

On sera peut-être étonné du grand nombre d'évêques se trouvant alors en Afrique, mais il faut considérer ces prélats comme de simples curés. «La création des sièges épiscopaux en Afrique n'a pas toujours été motivée par l'importance des localités et le chiffre de la population. L'on observe en effet dans l'histoire des Donatistes que ces habiles sectaires, afin d'augmenter leur influence, multipliaient le nombre des évêques et les préposaient à de simples hameaux... Or, on conçoit parfaitement que l'Église, pour tenir tête aux Donatistes, ait imité cette conduite et multiplié les évêchés... Au surplus, il était dans l'esprit de l'Église d'Afrique de multiplier les diocèses afin que leur peu d'étendue en facilitât l'administration [205]

Ainsi les deux églises vivaient côte à côte et essayaient de se tolérer, mais, comme nous l'avons dit, les Donatistes tenaient en maints endroits les temples et nous voyons, en 330, l'empereur, cédant à la demande de Zezius, évêque de Constantine, ordonner la construction d'une basilique pour les orthodoxes, attendu que «tout ce qui appartenait à l'Église catholique était tombé au pouvoir des Donatistes» et que les orthodoxes n'avaient aucun local pour tenir leurs assemblées [206].

[Note 205: ][ (retour) ] Observations sur la formation des diocèses dans l'ancienne Eglise d'Afrique, par l'abbé Léon Godart (Revue africaine, 2e année, pp. 399 et suiv.)

[Note 206: ][ (retour) ] V. L'Africa christiana de Morcelli, t. II, p. 234. Cette église se trouvait dans l'emplacement occupé actuellement par l'hôpital militaire.