Le christianisme en Afrique au commencement du ve siècle.--Boniface gouverneur d'Afrique; il traite avec les Vandales.--Les Vandales envahissent l'Afrique.--Lutte de Boniface contre les Vandales.--Fondation de l'empire vandale.--Nouveau traité de Genséric avec l'empire; organisation de l'Afrique Vandale.--Mort de Valenthinien III; pillage de Rome par Genséric--Suite des guerres des Vandales.--Apogée de la puissance de Genséric; sa mort.--Règne de Hunéric; persécutions contre les catholiques.--Révolte des Berbères.--Cruautés de Hunéric.--Concile de Karthage; mort de Hunéric.--Règne de Goudamond.--Règne de Trasamond.--Règne de Hildéric.--Révoltes des Berbères; usurpation de Gélimer.
Le christianisme en Afrique au commencement du ve siècle.--Avant d'entreprendre le récit des événements qui vont faire entrer l'histoire de la Berbérie dans une nouvelle phase, il convient de jeter un coup d'œil sur la situation du christianisme en Afrique au commencement du ve siècle. Si nous sommes entrés dans des détails un peu plus complets que ne semble le comporter le cadre de ce récit, sur cette question, c'est que l'établissement de la religion chrétienne fut une des principales causes du désastre de l'Afrique [223]. Les premières persécutions commencèrent à porter un grand trouble dans la population coloniale et à diminuer sa force en présence de l'élément berbère en reconstitution. Et cependant cette période est la plus belle, car les chrétiens unis dans un malheur commun donnent l'exemple de l'union et de la concorde. Aussitôt que la cause pour laquelle ils ont tant souffert vient à triompher, une scission radicale, irrémédiable, se produit dans leur sein et ils se traitent avec la haine la plus féroce. «Il n'y a pas de bêtes si cruelles aux hommes que la plupart des chrétiens le sont les uns aux autres.» Ainsi s'exprime Ammien Marcellin [224], qui les a vus de près. Mais ce n'est pas tout: avec le succès, leurs mœurs deviennent moins pures et leurs assemblées servent de prétexte aux orgies, si bien que saint Augustin, qui avait failli être lapidé à Karthage pour avoir prêché contre l'ivrognerie, s'écrie: «Les martyrs ont horreur de vos bouteilles, de vos poêles à frire et de vos ivrogneries! [225].» Il faut ajouter à cela les schismes qui divisent l'église orthodoxe, en outre du donatisme et de l'arianisme, car tous les jours il paraît quelque novateur: Pélage fonde l'hérésie qui porte son nom; Célestius, son compagnon, la propage en Afrique; les nouveaux sectaires se subdivisent eux-mêmes en Pélagiens et semi-Pélagiens. En Cyrénaïque et dans l'est de la Berbérie, c'est l'hérésie de Nestorius qui est en faveur; ailleurs les Manichéens ont la majorité.
[Note 223: ][ (retour) ] C'est l'opinion d'un homme dont on ne contestera ni la compétence ni le catholicisme, M. Lacroix. «Il ne faut pas se dissimuler, dit-il dans son ouvrage inédit, que le christianisme eut une large part à revendiquer dans le désastre de l'Afrique.... Nul doute que les déplorables dissensions dont la population créole offrit alors le triste spectacle n'ait hâté la chute du colosse,» (Revue africaine, n° 72 et suivants.)
Nous avons vu à quels excès s'étaient portés les Donatistes et les orthodoxes les uns contre les autres, suivant leurs alternatives de succès ou de revers. La rage des Circoncellions fut surtout funeste à la colonisation romaine, car elle détruisit cette forte occupation des campagnes qui était le plus grand obstacle à l'expansion des indigènes; les fermes étant brûlées et les colons assassinés, les campagnes furent toutes prêtes à recevoir de nouveaux occupants. L'histoire n'offre peut-être pas d'autre exemple de l'esprit de destruction animant ces sectaires, véritables nihilistes qui se tuaient les uns les autres, quand ils avaient fait le vide autour d'eux et qu'il ne restait personne à frapper.
Quelques nobles figures nous reposent dans ce sombre tableau. La plus belle est celle de saint Augustin, né à Thagaste [226]; il étudia d'abord à Madaure [227], puis à Karthage. Nous n'avons pas à faire ici l'histoire de ce grand moraliste. Disons seulement qu'après un long séjour en Italie, il revint en Afrique en 388 et y écrivit un certain nombre de ses ouvrages. Il s'appliqua alors, de toutes ses forces, à combattre, par sa parole et par ses écrits, les Manichéens, et surtout les Donatistes. Il fut secondé dans cette tâche par saint Optat, évêque de Mileu, qui a laissé des écrits estimés et notamment une histoire des Donatistes.
En 410, Honorius, cédant à la pression des prêtres qui l'entouraient, rendit un nouvel édit contre les Donatistes. Mais leur nombre était trop grand en Afrique et l'empereur n'avait pas la force matérielle nécessaire pour faire exécuter ses ordres. Il voulut alors essayer de la conviction et réunit le 16 mai 411, à Karthage, un concile auquel prirent part deux cent quatre-vingt-six évêques dont la moitié étaient schismatiques, sous la présidence du tribun et notaire Flavius Marcellin. Les Donatistes furent encore vaincus dans ce combat. Ils en appelèrent de la sentence, mais l'empereur leur répondit par un nouvel édit leur retirant toutes les faveurs qu'ils avaient pu obtenir précédemment, et prescrivant contre eux les mesures les plus sévères. Contraints encore une fois de rentrer dans l'ombre, ils attendirent l'occasion de se venger.
[Note 224: ][ (retour) ] Lib. XXII, cap. v.
[Note 225: ][ (retour) ] Sermon 273.
[Note 226: ][ (retour) ] Actuellement Souk-Ahras.
[Note 227: ][ (retour) ] Medaourouch.