Boniface gouverneur d'Afrique. Il traite avec les Vandales.--Le 14 août 423, Honorius cessait de vivre, en laissant comme héritier au trône un jeune neveu, alors en exil à Constantinople, avec sa mère la docte Placidie. Aussitôt, celle-ci le fit reconnaître comme empereur d'Occident par les troupes; mais ce ne fut qu'après bien des vicissitudes qu'il fut proclamé à Ravenne sous le nom de Valentinien III. Comme il n'était âgé que de six ans, Placidie s'attribua, avec la régence, le titre d'Augusta et prit en main la direction des affaires.

Le général Boniface, qui s'était distingué dans une longue carrière militaire, dont une partie passée en Maurétanie comme préposé des limites à Tubuna [228], avait été nommé en 422, par Honorius, comte d'Afrique. Il avait su, par une administration habile et une juste sévérité, ramener ou maintenir dans le devoir les populations latines, depuis si longtemps divisées par l'anarchie, et repousser les indigènes qui, de toutes parts, envahissaient le pays colonisé. Nommé gouverneur de toute l'Afrique par Placidie, il l'aida puissamment, grâce à ses conseils et à l'envoi de secours de toute nature, à triompher de l'usurpateur Jean. Ces éminents services avaient donné à Boniface un des premiers rangs dans l'empire.

[Note 228: ][ (retour) ] Tobua, dans le Hodna.

Mais la cour de Valentinien, dirigée par une femme partageant son temps entre les lettres et la religion, était un terrain propice aux intrigues de toute sorte. Aétius, autre général, jaloux des faveurs dont jouissait Boniface, prétendit que le comte d'Afrique visait à l'indépendance et, comme l'impératrice refusait de le croire, il l'engagea pour l'éprouver à lui donner l'ordre de venir immédiatement se justifier en personne. Ce conseil ayant été suivi, il fit dire indirectement à Boniface qu'on voulait attenter à ses jours. Cette odieuse machination réussit à merveille. Boniface refusa de venir se justifier. Dès lors sa rébellion fut certaine pour Placidie et comme on apprit, sur ces entrefaites, que le comte d'Afrique venait d'épouser une princesse arienne de la famille du roi des Vandales d'Espagne [229], on ne douta plus de sa trahison.

Aussitôt l'impératrice nomma à sa place Sigiswulde, et fit marcher contre lui trois corps d'armée (427); mais Boniface les repoussa sans peine. Pour cela, il avait été obligé de rappeler toutes les garnisons de l'intérieur et les Berbères en avaient profité pour se lancer dans la révolte. L'année suivante Placidie envoya en Afrique une nouvelle armée qui ne tarda pas à s'emparer de Karthage. La situation devenait critique pour Boniface; attaqué par les forces de sa souveraine, menacé sur ses derrières par les indigènes, le comte prit un parti désespéré qui allait avoir pour l'Afrique les plus graves conséquences. Il s'adressa au roi des Vandales et conclut avec lui un traité, aux termes duquel il lui cédait les trois Maurétanies, jusqu'à l'Amsaga, à la condition qu'il conserverait pour lui la souveraineté du reste de l'Afrique [230].

[Note 229: ][ (retour) ]Selon M. Creuly (Annuaire de la Soc. arch. de Constantine, 1858-59, pp. 16, 17), la personne épousée par Boniface, nommée Pélagie, aurait été bien plus probablement une dame romaine ayant des propriétés en Afrique.

[Note 230: ][ (retour) ] Procope, Bell. Vand., 1. I, ch. iii, Lebeau, Hist. du Bas-Empire, t. IV, p. 24. Marcus, Hist. des Vandales, p. 143. Dureau de la Malle, Recherches, etc., p. 36.

Les Vandales envahissent l'Afrique.--Les Vandales, après avoir été écrasés par les Goths et rejetés dans les montagnes de la Galice (416-8), avaient, à la suite du départ de leurs ennemis, reconquis l'Andalousie, battu les Alains, et établi leur prépondérance sur l'Espagne, malgré les efforts des Romains, aidés des Goths (422). Au moyen de vaisseaux, trouvés, dit-on, à Carthagène, ils n'avaient pas tardé à sillonner la Méditerranée et ils avaient pu jeter des regards sur cette Afrique, objet de convoitise pour les Barbares. C'est ce qui explique la facilité avec laquelle la proposition de Boniface avait été acceptée.

Dans le mois de mai 429 [231], les Vandales avec leurs alliés Alains, Suèves, Goths et autres barbares, au nombre de quatre-vingt mille personnes, dont cinquante mille combattants [232], traversèrent le détroit et débarquèrent dans la Tingitane. Boniface leur fournit ses vaisseaux et l'on dit que les Espagnols, heureux de se débarrasser d'eux, leur facilitèrent de tout leur pouvoir ce passage.

[Note 231: ][ (retour) ] Cette date varie, selon les auteurs, entre 427 et 429. Nous adoptons celle de l'Art de vérifier les dates, t. I, p. 403.