[Note 232: ][ (retour) ] Ces chiffres donnent également lieu à des divergences. V. Victor de Vite, Hist. pers. Vand., p. 3, et Procope, l. I, ch. v.
Aussitôt débarqués, les envahisseurs se mirent en marche vers l'est, s'avançant en masse comme une trombe qui détruit tout sur son passage. Ils étaient conduits par Genseric (ou Gizeric) leur roi, qui venait d'usurper le pouvoir en faisant assassiner son frère Gunderic, souverain légitime. Les Vandales étaient ariens et grands ennemis des orthodoxes. Les Donatistes les accueillirent comme des libérateurs et facilitèrent leur marche. Il est très probable que les Maures, s'ils ne s'allièrent pas à eux, s'avancèrent à leur suite pour profiter de leurs conquêtes.
Sur ces entrefaites, Placidie, ayant reconnu les calomnies dont Boniface avait été victime, se réconcilia avec lui et lui rendit ses faveurs. Saint Augustin, ami du comte d'Afrique et qui avait fait tous ses efforts pour l'amener à abandonner son dessein, servit de médiateur entre le rebelle et sa souveraine. Boniface, qui avait enfin mesuré les conséquences de la faute par lui commise en appelant les Vandales en Afrique, essaya d'obtenir la rupture du traité conclu avec eux et leur rentrée en Espagne; mais il était trop tard, car il est souvent plus facile de déchaîner certaines calamités que de les arrêter. Encouragés par leurs succès et par l'appui qu'ils rencontraient dans la population, les Vandales repoussèrent dédaigneusement ses propositions, et, pour braver ses menaces, franchirent l'Amsaga et envahirent la Numidie.
Lutte de Boniface contre les Vandales.--Le comte d'Afrique ayant marché à la tête de ses troupes contre les envahisseurs, leur livra bataille en avant de Calama [233]; mais il fut entièrement défait et se vit contraint de chercher un refuge derrière les murailles d'Hippône [234]. Les Barbares l'y suivirent (430) et, ayant employé une partie de leurs forces pour investir cette ville, lancèrent le reste dans le cœur de la Numidie, où ils mirent tout à feu et à sang. Guidés sans doute par les Donatistes, ils s'acharnèrent particulièrement à détruire les églises des orthodoxes. Constantine résista à leurs efforts [235]. Le siège d'Hippône durait depuis longtemps et l'on dit que les Vandales, pour démoraliser les assiégés et leur rendre le séjour de la ville intolérable, amassaient les cadavres dans les fossés et au pied des murs et mettaient à mort leurs prisonniers sur ces charniers qu'ils laissaient se décomposer en plein air. Saint Augustin, qui aurait pu fuir, avait préféré rester dans son évêché et soutenir l'honneur de cette église d'Afrique pour laquelle il avait tant lutté. Mais il ne put résister aux souffrances et à la fatigue du siège et mourut le 28 août 430.
[Note 233: ][ (retour) ] Guelma.
[Note 234: ][ (retour) ] Bône.
[Note 235: ][ (retour) ] Lebeau, t. IV, p. 49. L. Marcus, pp. 130 et suiv. Yanoski, Hist. de la domination vandale en Afrique, p. 12.
Enfin, dans l'été de 431, des secours commandés par Aspar, général de l'empereur d'Orient, furent envoyés par Placidie à Hippône. Boniface crut alors pouvoir prendre l'offensive et chasser ses ennemis qui avaient, à peu près, levé le siège. Il leur livra bataille dans les plaines voisines; mais le sort des armes lui fut encore funeste. Aspar se réfugia sur ses vaisseaux avec les débris de ses troupes, et Hippône ne fut plus en état de résister. Les Vandales mirent cette ville au pillage et l'incendièrent.
Boniface se décida alors à abandonner l'Afrique. Il alla se présenter devant sa souveraine qui l'accueillit avec honneur et évita les récriminations inutiles: tous deux, en effet, étaient également responsables de la perte de l'Afrique.
Fondation de l'empire Vandale.--Ainsi la Numidie et les Maurétanies restaient aux mains des Vandales. L'empereur, absorbé par d'autres guerres, ne pouvait songer pour le moment à reconquérir ces provinces; il pensa, dans l'espoir de conserver ce qui lui restait, qu'il était préférable de traiter avec Genséric et lui envoya un négociateur du nom de Trigétius. Le 11 février 435, un traité de paix fut signé entre eux à Hippône. Bien que les conditions particulières de cet acte ne soient pas connues, on sait que Genséric consentit à payer un tribut annuel à l'empereur, lui livra son fils Hunéric en otage, et s'engagea par serment à ne pas franchir la limite orientale de la contrée qu'il occupait en Afrique [236].