[Note 236: ][ (retour) ] Fournel, Berbers, p. 79.

C'était la consécration du fait accompli. Genséric donna d'abord de grands témoignages d'amitié aux Romains, et ceux-ci en furent tellement touchés, qu'ils lui renvoyèrent son fils. Mais l'ambitieux barbare sut employer ce répit pour préparer de nouvelles conquêtes. Il avait, du reste, à assurer sa propre sécurité menacée par les partisans de son frère Gundéric. Dans ce but il fit massacrer la veuve et les enfants de celui-ci qu'il détenait dans une étroite captivité et réduisit à néant les derniers adhérents de son frère. Il s'était depuis longtemps déclaré le protecteur des Donatistes et des Ariens; les orthodoxes furent cruellement persécutés. En 137, les évêques catholiques avaient été sommés par lui de se convertir à l'arianisme; ceux qui s'y refusèrent furent poursuivis et exilés et leurs églises fermées. Enfin, il tâcha de s'assurer le concours des Berbères et il est plus que probable qu'il leur abandonna sans conteste les frontières de l'ouest et du sud, que les Romains défendaient depuis si longtemps contre leurs invasions.

En même temps, Genséric suivait avec attention les événements d'Europe, car il avait comme auxiliaires contre l'empire, à l'est les Huns, avec Attila, dont l'attaque était imminente, et à l'ouest et au nord, les Vizigoths et les Suèves. Dans l'automne de l'année 439, le roi vandale, profitant de l'éloignement d'Aétius retenu dans les Gaules par la guerre contre les Vizigoths, marcha inopinément sur Karthage et se rendit facilement maître de cette belle cité, alors métropole de l'Afrique (19 oct.). Les Vandales y trouvèrent de grandes richesses, notamment dans les églises catholiques qu'ils mirent au pillage. L'évêque Quodvultdéus ayant été arrêté avec un certain nombre de prêtres, on les accabla de mauvais traitements, puis on les dépouilla de leurs vêtements et on les plaça sur des vaisseaux à moitié brisés qu'on abandonna au gré des flots. Ils échappèrent néanmoins au trépas et abordèrent sur le rivage de Naples. La conquête de la Byzacène suivit celle de Karthage. Ainsi cette province échappa aux Romains qui l'occupaient depuis près de six siècles.

Après ce succès, Genséric, qui avait des visées plus hautes, donna tous ses soins à l'organisation d'une flotte, et bientôt les corsaires vandales sillonnèrent la Méditerranée; ils poussèrent même l'audace jusqu'à attaquer Palerme (440). Se voyant menacé chez lui, Valentinien envoya des troupes pour garder les côtes, autorisa les habitants à s'armer et leur abandonna d'avance tout le butin qu'ils pourraient faire sur les Vandales. En 442, l'empereur Théodose envoya à son secours une flotte; mais les navires furent rappelés avant d'avoir pu combattre, par suite d'une invasion des Huns.

Nouveau traité de Genséric avec l'empire.--Organisation de l'Afrique vandale.--Valentinien, dans l'espoir de préserver son trône, se décida à traiter, de nouveau, avec le roi des Vandales. Il céda à Genséric la Byzacène jusqu'aux Syrtes et la partie orientale de la Numidie, la limite passant à l'ouest de Theveste, Sicca-Veneria et Vacca [237]. De son côté, le roi abandonna à l'empereur le reste de la Numidie et les Maurétanies. Le traité fut signé à Karthage en 442 [238]. Ainsi les Vandales s'emparaient du territoire le plus riche, le mieux colonisé et le moins dévasté, et ils rendaient aux Romains des pays ruinés, livrés à eux-mêmes, et où ils n'avaient plus aucune action. En 445, Valentinien promulguait une loi par laquelle il faisait remise aux habitants de la Numidie et de la Maurétanie des sept huitièmes de leurs impôts. Cela donne la mesure de la destruction de la richesse publique. Quelque temps après, il prescrivait d'attribuer dans ces provinces des emplois aux fonctionnaires destitués par les Vandales.

[Note 237: ][ (retour) ] Tebessa, le Kef et Badja.

[Note 238: ][ (retour) ] V. de Vite, 1. I, ch. iv. Marcus, p. 166. Yanoski, p. 17.

Genséric divisa son empire en cinq provinces: la Byzacène, la Numidie, l'Abaritane (territoire situé sur le haut Bagrada, à l'est de Tebessa), la Gétulie, comprenant le Djerid et les pays méridionaux, et la Zeugitane ou Consulaire. Il fit raser les fortifications de toutes les villes, à l'exception de Karthage, et se forma avec l'aide des indigènes une armée de quatre-vingts cohortes. «Il partagea les terres en trois lots. Les biens meubles et immeubles des plus nobles et des plus riches, ainsi que leurs personnes, furent attribués à ses deux fils Hunéric et Genson [239]. Le deuxième, se composant particulièrement des terres de la Byzacène et de la Zeugitane, fut donné aux soldats, en leur imposant l'obligation du service militaire. Enfin le troisième lot, le rebut, fut laissé aux colons.» De sévères persécutions contre les catholiques achevèrent de consommer la ruine d'un grand nombre de cités et de colonies latines.

En même temps, Genséric donna une nouvelle impulsion à la course, et les indigènes y prirent une part active. Le butin était partagé entre le prince et les corsaires [240] absolument comme nous le verrons plus tard sous le gouvernement turc. Enfin il entretint des relations d'alliance, quelquefois troublées il est vrai, avec les Huns, les Vizigoths et autres barbares, qu'il s'efforçait d'exciter contre l'empire.

[Note 239: ][ (retour) ] Poulle, Maurétanie, p. 146, 147.