Révoltes des Berbères. Usurpation de Gélimer.--Hildéric, doué d'un caractère timide, était ennemi de la guerre et laissait d'une manière absolue la direction des affaires militaires à son général Oamer, appelé l'Achille vandale. Les indigènes de la Byzacène s'étant mis en état de révolte, Oamer marcha contre eux, mais il fut défait en bataille rangée par ces Berbères commandés par leur chef Antallas. Toute la Byzacène recouvra son indépendance, et les villes du nord, menacées par les rebelles, durent improviser des retranchements pour résister à leurs attaques imminentes.
Cet échec acheva de porter à son comble le mécontentement général, déjà provoqué par la protection accordée aux catholiques, par la rupture avec les Ostrogoths et par l'hommage de soumission fait à l'empire: Gélimer, petit-fils de Genzon, profitait de ces circonstances pour se créer un parti. Chargé de combattre les Maures, il remporta sur eux quelques avantages qui augmentèrent son ascendant sur l'armée. Il saisit cette occasion pour faire proclamer par les soldats la déchéance d'Hildéric et obtenir la royauté à sa place. Ayant marché sur Karthage, il s'en empara. Hildéric fut jeté en prison (531).
Lorsque Justinien apprit cette nouvelle, il était absorbé par sa guerre contre les Perses et ne pouvait s'occuper efficacement de porter secours à son ami et vassal. Il dut se contenter d'envoyer une ambassade à Gélimer pour l'engager à restituer la liberté et le trône au prince captif. Le seul résultat qu'obtinrent les envoyés fut de rendre plus dure la captivité d'Hildéric. Puis, par une sorte de bravade, Gélimer fit crever les yeux à Oamer.
L'empereur d'Orient écrivit alors à Gélimer une lettre dans laquelle il l'invitait à laisser Hildéric et ses parents se réfugier en Orient, à sa cour, le menaçant d'intervenir par les armes, s'il refusait de le faire. Gélimer lui répondit dans des termes hautains que Procope nous a transmis: «Je ne dois point ma royauté à la violence... Hildéric complotait contre sa propre famille: c'est la haine de tous les Vandales qui l'a renversé. Le trône était vacant; je m'y suis assis en vertu de mon âge et de la loi de succession.» Après cette déclaration, il ajoutait comme réponse aux menaces: «Un prince agit sagement lorsque, livré tout entier à l'administration de son royaume, il ne porte pas ses regards au dehors et ne cherche pas à s'immiscer dans les affaires des autres états. Si tu romps les traités qui nous unissent, j'opposerai la force à la force...».
Cette fière déclaration allait avoir pour conséquence la chute de la royauté vandale et la soumission de l'Afrique à de nouveaux maîtres.
CHAPITRE XI
PÉRIODE BYZANTINE
531-642
Justinien prépare l'expédition d'Afrique.--Départ de l'expédition. Bélisaire débarque à Caput-Vada.--Première phase de la campagne.--Défaite des Vandales conduits par Ammatas et Gibamond.--Succès de Bélisaire. Il arrive à Karthage.--Bélisaire à Karthage.--Retour des Vandales de Sardaigne. Gélimer marche sur Karthage.--Bataille de Tricamara.--Fuite de Gélimer.--Conquêtes de Bélisaire.--Gélimer se rend aux Grecs.--Disparition des Vandales d'Afrique.--Organisation de l'Afrique byzantine; état des Berbères.--Luttes de Salomon contre les Berbères.--Révolte de Stozas.--Expéditions de Salomon.--Révolte des Levathes; mort de Salomon.--Période d'anarchie.--Jean Troglita gouverneur d'Afrique; il rétablit la paix.--État de l'Afrique au milieu du vie siècle.--L'Afrique pendant la deuxième moitié du vie siècle.--Derniers jours de la domination byzantine.--Appendice: Chronologie des rois Vandales.