[Note 284: ][ (retour) ] Anecdotes, ch. xviii.
Troglita fit tous ses efforts pour assurer son occupation et se garantir des incursions indigènes par des postes fortifiés: avec les ruines des cités détruites, on construisit des retranchements et des forteresses derrière lesquels les garnisons byzantines s'abritèrent, et quelques colons cherchèrent sous leur protection à rentrer en possession de leurs champs dévastés.
L'Afrique pendant la deuxième moitié du vie siècle.--Privés des documents si précis laissés par Procope, nous ne possédons, sur la phase de l'histoire africaine par nous atteinte, que des détails épars et sans suite. C'est ainsi qu'on ignore l'époque du départ de Jean Troglita.
En 563, Rogathinus, préfet du prétoire d'Afrique, fit traîtreusement assassiner Cutzinas, chef de la région orientale de l'Aourès, qui était venu à Karthage réclamer au sujet d'immunités dont on l'avait frustré. Les services rendus par ce chef eussent dû lui épargner un semblable traitement; aussi la nouvelle de sa mort fut-elle le signal d'une levée de boucliers des Berbères, appelés aux armes par ses fils. Justinien dut envoyer en Afrique son neveu Marcien, maître de la milice [285], qui contraignit les rebelles à la soumission.
Justinien termina sa longue carrière le 14 novembre 565, sans avoir pu réaliser le vaste projet qu'il avait conçu. Sa mort paraît avoir été le signal de nouvelles révoltes en Berbérie. Un certain Gasmul, roi des Maures, entre en scène et, se fait remarquer par son ardeur à combattre l'étranger. Dans ces luttes périssent successivement: Théodore, préfet d'Afrique (568), Théoctiste, maître de la milice (569), et Amabilis, successeur du précédent (570).
C'est Gasmul qui obtient ces succès. «Devenu tout puissant par ses victoires, Gasmul, en 574, donne à ses tribus errantes des établissements fixes, et s'empare peut-être de Césarée. L'année suivante (575), il marche contre les Francs et tente l'invasion des Gaules, mais il échoue dans cette entreprise [286].» Si ces faits sont exacts, on ne saurait trop regretter l'absence de documents historiques précis à cet égard.
[Note 285: ][ (retour) ] D'Avezac, Afrique ancienne, p. 256.
[Note 286: ][ (retour) ] Morcelli et Travaux de l'Académie des Inscriptions, apud Ragot, (loc. cit., p. 317).
Cet état de rébellion permanente durait toujours lorsque l'empereur Tibère II, qui venait de succéder à Justin II, nomma comme exarque de l'Afrique un officier du nom de Gennadius, militaire d'une réelle valeur. Dès lors la situation changea. En 580, ce général attaqua Gasmul, le tua de sa propre main, massacra un grand nombre de Maures, et leur reprit toutes les conquêtes qu'ils avaient faites.
Gennadius fut nommé préfet du prétoire d'Afrique, et il est probable que, sous sa main ferme, le pays retrouva quelques jours de tranquillité. Cependant, selon le rapport de Théophane, un soulèvement général des Berbères aurait eu lieu en 588; mais nous ne possédons aucun détail sur ce fait. Il est probable, en raison de l'état d'affaiblissement où était tombé l'empire, que les gouverneurs byzantins de l'Afrique étaient à peu près abandonnés à eux-mêmes, et que les Berbères, réellement maîtres du pays, continuaient leur mouvement d'expansion et de reconstitution.