El-Habib commença les hostilités en s'emparant d'El-Orbos (Laribus). El-Yas accourut au plus vite pour lui livrer bataille (décembre 755--janvier 756). Lorsque les deux partis se trouvèrent de nouveau en présence et au moment où l'action allait s'engager, El-Habib s'avança vers son oncle El-Yas, et lui proposa de vider leur querelle toute personnelle par un combat singulier: «Si tu me tues, lui dit-il, tu n'auras fait que m'envoyer rejoindre mon père, et si je te tue, j'aurai vengé sa mort [379]

[Note 377: ][ (retour) ] A une dizaine de lieues au sud de Tunis, dans la direction de Zaghouan.

[Note 378: ][ (retour) ] En-Nouéïri, p. 370.

[Note 379: ][ (retour) ] Ibid., p. 371.

El-Yas essaya d'abord de repousser cette proposition, mais, comme les yeux de tous étaient fixés sur lui et que chacun l'accusait hautement de lâcheté, il dut, bon gré mal gré, accepter le duel. Les deux adversaires s'étant donc précipités l'un sur l'autre, El-Yas porta à El-Habib un coup d'épée qui s'engagea dans sa cotte de mailles; mais ce dernier, par une prompte riposte, désarçonna son oncle et, se jetant sur lui avant qu'il eût eu le temps de se relever, lui coupa la tête. Abd-er-Rahman était vengé.

El-Habib, resté ainsi seul maître du pouvoir, fit exécuter les partisans les plus compromis de son oncle, et rentra à Kaïrouan rapportant comme trophées les têtes de ses ennemis, presque tous ses proches parents. Quant à Abd-el-Ouareth, il put se réfugier avec quelques partisans chez les Ourfeddjouma.

Prise et pillage de Kaïrouan par les Ourfeddjouma.--C'est en vain qu'El-Habib avait pu compter, après son succès, sur un peu de tranquillité; les haines qui divisaient sa famille devaient poursuivre jusqu'au bout leur œuvre destructive; aussi les Musulmans y voyaient-ils un effet de la malédiction lancée par le pieux Handhala, après avoir été déposé par Abd-er-Rahman.

Abd-el-Ouareth, bien accueilli par Acem-ben-Djemil, chef des Ourfeddjouma, proclama l'autorité du khalife El-Mansour, et appela aux armes les Musulmans. El-Habib somma inutilement Acem de livrer son hôte; il n'essuya que de dédaigneux refus et se décida à marcher en personne contre les rebelles. Ayant laissé le commandement de Kaïrouan au cadi Abou-Koréïb, il partit, en 757, à la tête de ses troupes pour combattre les Ourfeddjouma, qui marchaient directement sur sa capitale. Le sort des armes lui fut funeste: après avoir vu son armée mise en déroute, il dut chercher un refuge à Gabès. De nouvelles troupes furent envoyées à son secours par Abou-Koréïb, mais elles passèrent sans coup férir dans les rangs des rebelles, afin de faire acte d'adhésion au khalife abbasside.

Acem, laissant de côté Gabès, se porta rapidement sur Kaïrouan. Abou-Koréïb, à la tête d'une poignée de braves, sortit pour les repousser, tandis que les habitants de la ville se réfugiaient dans leurs maisons. Les Ourfeddjouma passèrent sur le corps de la petite troupe d'Abou-Koréïb, et l'on vit ces Berbères-kharedjites, portant la bannière du khalife abbasside, se ruer dans la ville sainte d'Okba, la profaner et se livrer à tous les excès. Acem, qui avait gardé le commandement pendant toute cette campagne, car les annales ne parlent plus d'Abd-el-Ouareth, marcha alors contre El-Habib. Celui-ci l'attira dans l'Aourès, où il avait cherché un refuge, le défit et le mit à mort. Prenant ensuite l'offensive, El-Habib se porta sur Kaïrouan, mais il fut à son tour défait et tué par les Ourfeddjouma (mai-juin 757).

Restés maîtres de Kaïrouan, les sauvages hérétiques s'attachèrent à profaner les lieux consacrés par les orthodoxes: ils transformèrent leurs mosquées en écuries, soumirent les Arabes aux plus épouvantables traitements et firent régner une terreur si grande qu'une partie de la population se décida à émigrer. Abd-el-Malek-ben-Abou-el-Djaâda, qui avait remplacé Acem comme chef de la tribu, encourageait ces excès [380].