[Note 380: ][ (retour) ] En-Nouéïri, p. 372, 373. Ibn-Khaldouu, t. I, p. 219.

Les Miknaça fondent un royaume à Sidjilmassa.--Pendant que l'Ifrikiya était le théâtre de ces luttes, le Mag'reb demeurait livré à lui-même. Les Berg'ouata hérétiques continuaient à étendre leur autorité sur les rives de l'Atlantique et jusqu'au versant occidental de l'Atlas. Plus à l'est, les Miknaça occupaient, de plus en plus fortement, la vallée de la Moulouïa, et une partie de cette tribu dominait dans les oasis de l'Ouad-Ziz. Ils avaient adopté depuis longtemps les doctrines kharedjites et, sous l'impulsion d'un de leurs contribules, nommé Bel-Kassem-Semgou, ils formèrent à Sidjilmassa une communauté d'adeptes de la secte sofrite. Vers 758, ils se donnèrent comme chef un certain Aïça-ben-Yezid, le Noir, et construisirent la ville de Sidjilmassa, capitale de cette petite royauté indépendante [381].

Guerres civiles en Espagne.--Nous avons vu dans le chapitre précédent qu'Abou-l'Khattar avait rétabli en Espagne la paix entre les Musulmans; mais les rivalités étaient trop violentes pour que cette pacification fût de longue durée. Un kaïsite du nom de Soumaïl-ben-Hatem, allié à Touaba-ben-Selama, chef des Djodham, tribu yéménite, leva l'étendard de la révolte dans le district de Sidona. Abou-l'Khattar, ayant marché contre eux, fut vaincu et fait prisonnier (mai 745). Touaba exerça alors le commandement avec l'assistance de Soumaïl; l'année suivante il mourut et la lutte entre Kelbites et Kaïsites recommença. Un descendant d'Okba, nommé Youçof, ayant été proclamé gouverneur à l'instigation de Soumaïl, les Kelbites replacèrent à leur tête Abou-l'Khattar; mais, en 747, celui-ci fut fait prisonnier et mis à mort, après un combat acharné. Youçof resta ainsi en possession d'un pouvoir précaire, tandis que les luttes fratricides, les vengeances et les meurtres continuaient à décimer la race arabe en Espagne, au profit de l'élément berbère, qui prenait part à ces guerres comme allié de l'un ou de l'autre parti. Les chrétiens, de leur côté, n'étaient pas sans tirer avantage de cette situation. En 751, Pélage mourut et fut remplacé par Alphonse, fils de Pédro, qui forma la souche des rois de Galice [382].

[Note 381: ][ (retour) ] El-Bekri, passim. Ibn-Khaldoun, t. I, p. 261.

[Note 382: ][ (retour) ] Dozy, Hist. des Musulmans d'Espagne, p. 273 et suiv. et Recherches sur l'hist. de l'Espagne, p. 100. Rosseuw Saint-Hilaire, Histoire d'Espagne, t. I et II.

L'oméïade Abd-er-Rahman débarque en Espagne.--Mais la face des choses allait changer profondément en Espagne, par l'établissement d'une nouvelle dynastie. Après le triomphe des Abbassides en Orient, les membres et les partisans de la famille oméïade qui avaient échappé à la mort dans les combats furent recherchés avec le plus grand soin et impitoyablement massacrés. L'un d'eux, nommé Abd-er-Rahman, fils de Moaouïa-ben-Hecham, parvint cependant à échapper à ses ennemis [383] et à passer en Afrique, accompagné d'un affranchi du nom de Bedr (750). Après avoir séjourné quelque temps, caché dans une localité du pays de Barka, il profita de la déclaration d'indépendance d'Abd-er-Rahman-ben-Habib pour se rendre en Ifrikiya, puisque l'autorité abbasside n'y était pas reconnue. Il fut probablement reçu à la cour de ce prince, mais la conspiration des réfugiés oméïades ayant alors provoqué des mesures de rigueur contre les partisans de cette dynastie, Abd-er-Rahman fut encore obligé de fuir. Il gagna les régions de l'ouest et séjourna à Tiharet, puis chez les Mar'ila; il erra ainsi pendant cinq années et se fit des amis parmi les tribus zenètes. Ces Berbères étaient en relation avec leurs compatriotes d'Espagne et, par eux, Abd-er-Rahman fut mis au courant des événements dont cette contrée était le théâtre. La dynastie oméïade y avait de nombreux partisans qui s'empressèrent d'appeler chez eux le descendant de leurs princes. Après avoir fait sonder le terrain et même envoyé à Youçof des propositions qui furent repoussées par Soumaïl, Abd-er-Rahman se décida à passer en Espagne. Il s'embarqua avec un certain nombre de guerriers zenètes, sur un bateau envoyé par ses partisans de la péninsule. Ce fut d'un point du littoral de la province d'Oran, occupé par la tribu des Mar'ila, qu'il mit à la voile [384].

[Note 383: ][ (retour) ] Voir les détails romanesques de sa fuite, dans l'Hist. des Musulmans d'Espagne, p. 229 et suiv. et El Marrakchi, édit. Dozy, p. 11 et suiv.

[Note 384: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. I, p. 249.

Dans le mois de septembre 755, Abd-er-Rahman débarqua à Almuñecar, à égale distance de Grenade et de Malaga. Youçof revenait alors d'une expédition à Saragosse, expédition dans laquelle il avait commis de grandes cruautés, à l'instigation de Soumaïl, et soulevé la réprobation générale.

Fondation de l'empire oméïade d'Espagne.--Cependant Abd-er-Rahman se préparait à la lutte, en enrôlant des guerriers et en se ménageant des intelligences dans le pays. Au printemps de l'année 756, il se mit en marche et reçut la soumission de Malaga, de Xérès, de Ronda et enfin de Séville. De là, il marcha sur Cordoue.