[Note 405: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. I, p. 224. En-Nouéïri, p. 387, 388.

Edris-bex-Abdallah fonde à Oulili la dynastie edriside.--Ainsi l'autorité arabe s'affaiblissait chaque jour en Afrique; une nouvelle dynastie allait s'établir dans le Mag'reb et consacrer la perte définitive de cette contrée pour le khalifat.

Nous avons vu précédemment qu'après l'assassinat du khalife Ali, gendre de Mahomet, ses partisans avaient en vain essayé de faire obtenir le trône à ses enfants. Vaincus, les Alides n'avaient pu empêcher l'établissement de la dynastie oméïade; mais ils avaient formé une vaste société secrète et s'étaient donné le nom de Chiaïtes (co-ayants-droit). Ils avaient continué à compter en secret le règne des descendants d'Ali, seuls khalifes légitimes, et n'avaient cessé d'attendre le moment de reconquérir le pouvoir. Sous le règne de l'abbasside El-Mansour, deux des descendants d'Ali, croyant l'heure arrivée, avaient levé les armes; mais la victoire s'était prononcée pour leur adversaire et la révolte avait été étouffée dans le sang. Après la mort d'El-Mansour, un alide du nom de Hocéïne, petit-fils de Haçan II, se mit en révolte contre le khalife El-Mehdi; mais il fut vaincu et tué à la bataille de Fekh, près de La Mekke, et presque tous ses adhérents périrent massacrés (787).

Un oncle de Hocéïn, nommé Edris-ben-Abd-Allah, avait échappé au désastre de Fekh; il se tint soigneusement caché et put se soustraire aux minutieuses recherches ordonnées par le khalife. Son signalement avait été envoyé à tous les commandants militaires, et des postes furent établis sur les routes afin de l'arrêter s'il tentait de sortir de l'Arabie. En dépit de ces précautions, Edris parvint, grâce au dévouement de son affranchi Rached, à gagner l'Egypte; de là, il partit pour l'ouest, vêtu d'une robe de laine et coiffé d'un turban grossier. Pour mieux tromper les agents du khalife, Rached lui donnait des ordres comme à un domestique, et il put sous ce déguisement atteindre le fond du Mag'reb. Après avoir séjourné à Tanger, il gagna Oulili [406], près d'une des sources du Sebou, dans les montagnes des Aoureba, et fut bien accueilli par ces Berbères, dont le chef Abou-Léïla-Ishak lui jura fidélité. Ainsi, c'était loin de sa patrie, et au milieu de populations sauvages, que le descendant de Mahomet trouvait la sécurité et pouvait faire reconnaître ses droits. Vers la fin de l'année 788, Edris se proclama indépendant et obtint l'appui des Zouar'a, Louata, Seddrata, Riatha, Nefza, Mar'ila, Miknaca et même d'une partie des R'omara [407].

[Note 406: ][ (retour) ] L'antique Volubilis, où fut ensuite construite la ville de Fès.

[Note 407: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. I, p. 209, 239, 290, t. II, p. 559 et suiv. Roudh-El-Kartas, trad. Beaumier, p. 12 et suiv. El-Bekri, trad. de Slane, art. Idricides.

Ayant reçu des contingents de ces tribus, Edris étendit son autorité sur les régions du Mag'reb. Quelques populations d'origine ancienne, débris de vieilles tribus, les Fendelaoua, Behloula, Fazaz, etc., avaient trouvé un refuge dans ces montagnes reculées, et y avaient conservé le culte israélite ou chrétien. Le descendant du prophète les força à professer l'islamisme. Il alla ensuite réduire les populations de Mediouna, au delà de la Moulouïa, puis passa dans le Temesna et en fit la conquête, ainsi que de Tedla et de la ville de Chella, régions dans lesquelles le paganisme avait encore des adeptes.

Conquêtes d'Edris; sa mort.--Devenu ainsi maître d'un vaste territoire, Edris s'y fit proclamer khalife, et imam ou chef de la religion orthodoxe. L'année suivante, il marcha vers l'est, contre les Beni-Ifren et Mag'raoua hérétiques et, par conséquent, ennemis. Parvenu auprès de Tlemcen, il reçut la soumission du chef de ces Zenètes, Mohammed-ben-Khazer, qui avait remplacé Abou-Korra. Edris entra dans Tlemcen sans coup férir et séjourna un certain nombre de mois dans cette ville, où il construisit la mosquée qui porta son nom. Après avoir fait une tentative infructueuse pour abattre la puissance des Rostemides de Tiharet, il reprit le chemin d'Oulili, laissant à Tlemcen, pour le représenter, son frère Soleïman (790).

Mais, tandis que le nouveau souverain de Mag'reb se disposait à poursuivre ses conquêtes, sa perte se tramait en Orient. Le khalife Haroun-er-Rachid ne pouvant le combattre par les armes, dans ce pays éloigné, résolut de s'en débarrasser par un moyen qui lui était familier, l'assassinat. Un certain Soléïman-ben-Horéïz, surnommé Ech-Chemmakh, affilié à la secte des Zaïdiya, fut envoyé par lui, dans ce but, en Mag'reb. Il se présenta à la cour d'Edris comme médecin et comme déserteur du parti abbasside; ayant, au moyen de ce double titre, capté la confiance d'Edris, il parvint un jour à éloigner le fidèle Rached, et en profita pour empoisonner son maître. Lorsqu'il fut certain de sa mort, il monta à cheval et reprit en toute hâte la route de l'est; mais Rached fut bientôt sur ses traces et, l'ayant atteint près de la Moulouïa, engagea avec lui un combat dans lequel chacun des adversaires reçut plusieurs blessures. Ech-Chemmakh put néanmoins traverser la rivière et, tout sanglant, continuer sa route.

Edris fut enterré à Oulili (793). Il ne laissait pas d'enfants, et le khalife pouvait croire cette dynastie éteinte. Mais nous verrons plus tard qu'une de ses concubines, la Berbère Kenza, était enceinte et que, grâce à l'adresse et à la prudence de Rached, le royaume edricide fut conservé à l'enfant posthume de son fondateur.