Sur ces entrefaites, trois chefs arabes formèrent un nouveau complot, c'étaient: le kelbite el-Arbi, gouverneur de Barcelone, le fihrite Abd-er-Rahman-ben-Habib, surnommé le Slave, gendre de Youçof, et un fils de Youçof, appelé Abou-el-Asouad. La gloire de Charlemagne étant parvenue jusqu'à eux, ils résolurent de solliciter son concours et, à cet effet, se rendirent, en 777, à Paderborn et proposèrent au grand conquérant de lui ouvrir l'Espagne. Charles accueillit leurs ouvertures et leur promit de conduire une armée dans la péninsule. El-Arbi devait l'appuyer avec tous ses adhérents, au nord de l'Ebre, et le faire reconnaître comme souverain de cette région, tandis que le Slave irait chercher des Berbères en Afrique et occuperait avec eux la province de Murcie.
Ce plan, si bien combiné, pécha dans l'exécution: le Slave arriva le premier, avec un certain nombre de Berbères, et demanda des secours à El-Arbi; mais celui-ci lui objecta que, selon leur traité, il ne devait pas franchir l'Ebre. Irrité de ce qu'il appelait une trahison, le Slave marcha contre El-Arbi, fut battu et forcé de rentrer dans la province de Murcie, où il périt assassiné.
Lorsque Charlemagne eut franchi les Pyrénées, il ne trouva, pour l'appuyer, qu'El-Arbi et quelques officiers, tels qu'Abou-Thaur, Abou-l'Asouad et le comte de Cerdagne. Au lieu de voir, comme on le lui avait promis, toutes les places lui ouvrir leurs portes, il dut commencer par entreprendre le siège de Saragosse, où commandait un fanatique, ne voulant aucune alliance avec les chrétiens. Tandis qu'il était devant cette place, il reçut la nouvelle que Witekind et les Saxons avaient repris les armes et menaçaient Cologne. Force lui fut de lever le siège et de reprendre au plus vite la route du Nord; il passa par la vallée de Roncevaux, où son arrière-garde tomba dans une embuscade tendue par les Basques.
Ainsi Abd-er-Rahman avait échappé au plus grave danger qu'il eût encore couru, et cela sans faire aucun effort personnel. Après le départ des Franks, il s'appliqua à combattre isolément tous ses adversaires et, par sa persévérance et son implacable cruauté, arriva enfin à briser toutes les résistances. Ne pouvant compter sur les Musulmans d'Espagne, il appela d'Afrique un grand nombre de Berbères et même de nègres et en forma une armée dévouée, sans aucun lien avec les gens du pays [403].
[Note 403: ][ (retour) ] Dozy, Musulmans d'Espagne, t. I, p. 370 et suiv.
Pendant que le khalife oméïade était absorbé par ces luttes, Alphonse, roi des Asturies, étendait les limites de ses provinces et arrachait la Galice aux Musulmans. Ce prince termina son glorieux règne en 759, et fut remplacé par son fils Froïla. Lugo, Porto, Zamora, Salamanque et une partie de la Castille étaient en son pouvoir. Il mourut en 769, léguant la couronne à son fils Aurélio [404].
[Note 404: ][ (retour) ] Dozy, Recherches sur l'hist. de l'Espagne, p. 101.
Intérim de Daoud-ben-Yezid.--Gouvernement de Rouh-ben-Hatem.--En 787, Yezid-Ben-Hatem cessa de vivre, après avoir exercé le pouvoir durant près de quinze années. L'Afrique avait joui d'une période de tranquillité bien nécessaire après tant de luttes. Aussitôt après la mort du gouverneur, les Nefzaoua se révoltèrent et, conduits par l'un des leurs, nommé Salah-ben-Nacir, attaquèrent leurs voisins et les contraignirent à adopter la doctrine éïbadite, puis ils envahirent le Tel et s'avancèrent jusqu'à Badja. Le commandant de Tobna ayant marché contre eux fut défait près de cette ville.
Daoud, fils de Yezid, qui avait pris la direction des affaires après la mort de son père, envoya alors contre les insurgés le général Soléïman avec dix mille cavaliers. Les Kharedjites, vaincus dans une première rencontre, se reformèrent à Sikka (le Kef); mais Soléïman les y poursuivit et les dispersa, après en avoir tué un grand nombre. Ainsi la révolte se trouva encore une fois apaisée. Daoud administrait depuis plus de neuf mois l'Ifrikiya, lorsque le khalife Haroun-er-Rachid le remplaça par son oncle Rouh-ben-Hatem, et, pour le récompenser de ses services, lui conféra le gouvernement de l'Egypte.
Au commencement de l'année 788, Rouh arriva à Kaïrouan et prit en main l'autorité. C'était un homme prudent et expérimenté qui, au lieu de pousser les indigènes à la révolte par de durs traitements, jugea préférable de composer avec eux. Abd-er-Rahman-ben-Rostem était mort à Tiharet, quelque temps auparavant, et avait été remplacé par son fils Abd-el-Ouahab. Ce chef adressa au gouverneur de Kaïrouan des propositions d'alliance qui furent acceptées, et un traité de paix fut signé entre le représentant du khalife et le chef du kharedjisme éïbadite [405].