[Note 400: ][ (retour) ] Ibn-Khaldonn, t. II, p. 125 et suiv. El-Bekri, passim.
[Note 401: ][ (retour) ] Ibid., t. II, p. 138, 139.
A Tlemcen et dans le sud du Mag'reb central, les Beni-Ifrene régnaient en maîtres et étendaient chaque jour leur influence. Leurs cousins, les Mag'raoua, commençaient à envahir les plaines de cette région et à devenir redoutables par leur nombre et leur puissance.
Enfin, Abd-er-Rahman-ben-Rostem, à Tiharet, avait continué à recueillir les réfugiés de toutes les tribus appartenant à la secte éïbadite, dont il était le chef reconnu.
Partout ailleurs, dans les deux Mag'reb, les tribus berbères vivaient dans l'indépendance la plus complète. Mais on voit, par ce qui précède, que cette race tendait à abandonner l'état démocratique pour grouper ses forces en formant de petites royautés autonomes.
L'Espagne sous le premier khalife oméaïde. Expédition de Charlemagne.--Nous avons laissé l'oméïade Abd-er-Rahman seul maître du pouvoir à Cordoue, après avoir triomphé de Youçof. Il n'eut pas le loisir de jouir longtemps de son succès, car l'anarchie était devenue un état normal pour les Musulmans d'Espagne et ils avaient perdu l'habitude d'obéir à un seul maître. Ce ne fut, durant des années, qu'une suite de révoltes: Yéménites, Berbères, Fihrites (descendants d'Okba), s'évertuèrent il renverser le trône oméïade à peine assis.
En 763, El-Ala-ben-Moghit, nommé gouverneur de l'Espagne par le khalife El-Mansour, débarqua dans la province de Béja et arbora le drapeau noir des abbassides. Aussitôt, yéménites et fihrites accourent se ranger autour du représentant de l'autorité légitime, et tous viennent assiéger Abd-er-Rahman qui s'était retranché dans la place forte de Carmona. Le siège durait depuis deux mois et la situation des assiégés était des plus critiques, lorsque le prince oméïade, prenant une résolution désespérée, se mit à la tête de ses meilleurs guerriers, sortit de la ville et, se jetant avec impétuosité sur le camp des assiégeants, s'en rendit maître et tailla en pièces ses ennemis. On dit qu'ayant coupé les têtes des principaux chefs, parmi lesquels El-Ala, il les fit saler, après avoir attaché à l'oreille une étiquette indiquant le nom de chacun, et expédia le tout, roulé dans les débris du drapeau noir et enveloppé d'un sac, au khalife abbasside. En recevant le funèbre envoi, El-Mansour se serait écrié: «Je rends grâce à Dieu de ce qu'il y a une mer entre moi et un tel ennemi! [402]» Abd-er-Rahman triompha ensuite de cette révolte et traita avec la dernière rigueur ceux qui s'y étaient compromis.
[Note 402: ][ (retour) ] Dozy, Hist. des Musulmans d'Espagne, p. 367.
En 766, une grande insurrection éclata parmi les Berbères à la voix d'un illuminé du nom de Chakia, qui se faisait passer pour un descendant du prophète et avait pris le nom de Abd-Allah-ben-Mohammed. Il était originaire d'une fraction des Miknaça, passée en Espagne lors de la première invasion et devenue très puissante.
Il proclama l'autorité abbasside, obtint de grands succès et, durant neuf années, tint en échec la puissance d'Abd-er-Rahman. Ce prince parvint enfin à écraser ses adhérents et à le faire assassiner.