Gouvernement de Yezid-ben-Hatem.--Vers la fin de mai, Yezid, qui avait assuré la pacification des provinces méridionales en noyant la révolte dans le sang, fil son entrée à Kaïrouan. Il s'appliqua à rendre à la ville toute sa splendeur et à faire oublier la domination des Kharedjites.
Abd-er-Rahman tint encore la campagne pendant huit mois, dans le pays des Ketama; mais il finit par succomber avec ses partisans, sous les efforts combinés des généraux arabes. La révolte kharedjite qui, en réalité, était le réveil de l'esprit national berbère, semblait domptée; plus de trois cents combats avaient été livrés et les indigènes avaient toujours supporté le poids de la défaite et la sanglante vengeance de leurs vainqueurs. Cependant, les Houara se soulevèrent encore, à la voix d'un de leurs chefs, nommé Abou-Yahïa-ben-Afounas. Le commandant de Tripoli, ayant marché contre eux, les défit non loin de cette ville. L'année suivante (773), un certain Abou-Zerhouna parvint à entraîner les turbulents Ourfeddjouma à la révolte contre l'autorité arabe. Une armée envoyée contre eux par Yezid fut d'abord défaite. Alors Mohelleb, fils du gouverneur qui commandait le poste de Tobna, sollicita l'honneur de réduire les rebelles. Ayant reçu de son père les délogea de toutes leurs positions et en fit «un massacre épouvantable.»
Cette fois, les révoltés kharedjites étaient, sinon domptés, du moins réduits à l'impuissance. L'Ifrikiya put profiter de quelques années de paix que le gouverneur employa aux embellissement de Kaïrouan. «En 774, dit En-Nouéïri, il fit rebâtir la grande mosquée de Kaïrouan et construire des bazars pour chaque métier. Ainsi, on pourrait dire, sans trop s'écarter de la vérité, qu'il en fut le fondateur.» En même temps il rétablissait, par son esprit de justice, la sécurité des transactions. El-Kaïrouani rapporte, d'après l'historien Sahnoun, que Yezid se plaisait à dire: «Je ne crains rien tant sur la terre que d'avoir été injuste envers quelqu'un de mes administrés, quoique je sache cependant que Dieu seul est infaillible [397].»
[Note 397: ][ (retour) ] El-Kaïrouani, p. 79. En-Nouéïri, p. 385.
Les petits royaumes berbères indépendants.--Nous n'avons pas voulu interrompre le cours des événements importants dont l'Ifrikiya était le théâtre; mais il convient de retourner de quelques années en arrière, pour reprendre l'historique des petites royautés du Mag'reb.
A Sidjilmassa, le premier roi que la communauté des Miknaça s'était donné, Aïca-ben-Yezid, fut déposé, en 772, après quinze années de règne, et mis à mort par la populace. Abou-l'Kassem-Semgou-ben-Ouaçoul, véritable fondateur du royaume, fut élu à sa place. Il forma la souche des Beni-Ouaçoul, souverains de Sidjilmassa. Cette oasis continua à être le centre d'une secte kharedjite tenant de l'éïbadisme et du sofrisme. Ces hérétiques prononçaient la prière au nom du khalife abbasside, dont ils se déclaraient les vassaux [398].
Les Berg'ouata, dirigés par leur prophète, le mehdi [399] Salah, continuaient à vivre indépendants, dans le Mag'reb extrême, et à propager leurs doctrines hérétiques. Après un long règne de près d'un demi-siècle, Salah mourut (vers 792), en laissant le pouvoir à son fils El-Yas [400].
Dans le Rif marocain, à Nokour, Saïd, petit-fils d'un autre Salah, était en possession de l'autorité et maintenait l'exercice du culte orthodoxe sur le littoral de la Méditerranée [401].
[Note 398: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. I, p. 262. El-Bekri, p. 149 du texte arabe.
[Note 399: ][ (retour) ] Ce titre, que nous reverrons souvent apparaître, a été pris par un grand nombre d'agitateurs musulmans: on peut le rendre par: Messie.