Pour la deuxième fois, en quelques années, les Karedjites berbères entraient en vainqueurs dans la ville sainte d'Okba. Cette fois, il n'y eut pas de pillage; Abou-Hatem se contenta de démanteler les fortifications de Kaïrouan. Du reste, il n'eut pas le loisir de jouir longtemps de ses succès.

CHAPITRE V

DERNIERS GOUVERNEURS ARABES

772-800

Yezid-ben-Hatem rétablit l'autorité arabe en Ifrikiya.--Gouvernement de Yezid-ben-Hatem.--Les petits royaumes berbères indépendants.--L'Espagne sous le premier khalife oméïade; expédition de Charlemagne.--Intérim de Daoud-ben-Yezid; gouvernement de Rouh-ben-Hatem.--Edris-ben-Abd-Allah fonde à Oulili la dynastie édricide.--Conquêtes d'Edris; sa mort.--Gouvernements d'En-Nasr-ben-el-Habib et d'El-Fadel-ben-Rouh.--Anarchie en Ifrikiya.--Gouvernement de Hertema-ben-Aïan.--Gouvernement de Mohammed-ben-Mokatel.--Ibrahim-ben-el-Ar'leb apaise la révolte de la milice.--Ibrahim-ben-el-Ar'leb, nommé gouverneur indépendant, fonde la dynastie ar'lebite.--Naissance d'Edris II.--L'Espagne sous Hicham et El-Hakem.--Chronologie des gouverneurs de l'Afrique.

Yezid-ben-Hatem rétablit l'autorité arabe en Ifrikiya.--Lorsque la nouvelle des désastres dont l'Ifrikiya avait été le théâtre parvint en Orient, elle y excita la plus violente indignation. Le khalife El-Mansour réunit aussitôt une armée considérable, formée de troupes prises dans les colonies militaires du Khorassan, de l'Irak et de Syrie, en donna le commandement à Yezid-ben-Hatem et le fit partir pour l'Occident. (772).

Abou-Hatem, de son côté, réunit ses contingents et, laissant le commandement de Kaïrouan à Abd-el-Aziz-el-Moafri, il se mit en marche sur Tripoli. Mais, à peine avait-il quitté sa capitale, que les miliciens se révoltèrent, chassèrent Abd-el-Aziz et placèrent à leur tête Omar-ben-Othman. Abou-Hatem revint sur ses pas, défit les rebelles et lança à leur poursuite un de ses lieutenants nommé Djerid. Omar, avec une partie de ses miliciens, avait cherché un refuge près de Djidjel, dans le pays des Ketama. Djerid voulut l'y poursuivre, mais il tomba dans une embuscade et fut défait et tué. Quant aux autres miliciens, ils avaient rejoint l'armée arabe à Sort.

Cependant Abou-Hatem s'était avancé jusque vers Tripoli, mais, lorsqu'il connut la force de l'armée de Yezid, il renonça à lutter contre elle en bataille rangée et alla se retrancher dans les montagnes de Nefouça. Il occupait une position très forte et ne craignit pas d'attaquer l'avant-garde des Arabes. Les Kharedjites la rejetèrent sur le corps principal, puis ils regagnèrent leurs montagnes. Yezid marcha alors contre les rebelles avec toutes ses troupes, attaqua de front leurs retranchements et les enleva l'un après l'autre. Une dernière et sanglante bataille dans laquelle Abou-Hatem trouva la mort, consacra le triomphe des Arabes (mars 772). Les débris des contingents berbères tâchèrent de regagner leurs tribus, mais la cavalerie arabe, lancée à leur poursuite dans toutes les directions, fit un grand carnage des karedjites. Abou-Korra put cependant rentrer à Tlemcen. En même temps, Abd-er-Rahman, fils d'El-Habib, le seul officier arabe resté fidèle à la cause d'Abou-Hatem, se réfugia avec un certain nombre d'adhérents dans les montagnes de Ketama [396].

[Note 396: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. I, p. 222, t. III, p. 200. En-Nouéïri, p. 384.