[Note 424: ][ (retour) ] Dozy, Hist. des Musulmans d'Espagne, t. II, p. 76 et suiv. Ibn-Khaldoun, t. II, p. 562. El-Bekri, Idricides. Nous n'indiquons aucune date pour la révolte du faubourg, en raison de l'incertitude à laquelle les chroniques donnent lieu à ce sujet. Il faut la placer entre 814 et 817.

Luttes de Ziadet-Allah contre les révoltes.--Pendant que l'Espagne était le théâtre de ces événements, l'ar'lebite Ziadet-Allah se livrait à Kaïrouan à tous les caprices de son caractère bizarre et cruel. Adonné au vin, comme le furent presque tous les princes de sa famille, il prescrivait dans ses moments d'ivresse les mesures les plus sanguinaires, qui retombaient presque toujours sur la milice. Dès le début de son règne il avait failli rompre, sans raison plausible, avec le khalife El-Mamoun et avait même poussé l'insolence jusqu'à adresser à son suzerain des dinars edrisides, pour lui faire entendre qu'il était disposé à se rallier à cette dynastie.

De tels procédés de gouvernement ne pouvaient aboutir qu'à des révoltes. En 822, une première sédition fut assez facilement apaisée; l'année suivante, le commandant de Kasreïne [425], place forte du Sud, nommé Omar-ben-Moaouïa, de la tribu de Kaïs, leva de nouveau l'étendard de la révolte. Ayant été fait prisonnier après une courte campagne, il fut mis à mort ainsi que ses deux fils par ordre du vice-roi: on fit endurer à ces malheureux les plus atroces souffrances. Cette cruauté envers un personnage des plus respectés par la colonie arabe excita la colère de la milice.

[Note 425: ][ (retour) ] Au sud-ouest de Sebaïtla.

Mançour-ben-Nacer-et-Tonbodi, gouverneur de Tripoli, ayant laissé publiquement éclater son indignation et manifesté devant ses troupes l'intention de se révolter, fut bientôt arrêté et conduit à Kaïrouan. Mis en liberté, grâce à l'intercession de son ami R'alboun, cousin de Ziadet-Allah, Mansour se réfugia dans son château de Tonboda, non loin de Tunis, et une fois à l'abri de ses murailles, il renoua les intrigues qu'il avait entretenues avec les officiers de la milice et ne cessa de les pousser à la révolte, en leur retraçant tous leurs griefs contre le prince. Mais Ziadet-Allah, ayant encore une fois mis la main sur la trame, dépêcha vers Tunis son général Mohammed-ben-Hamza, à la tête de cinq cents cavaliers, avec l'ordre d'arrêter inopinément Mansour.

De Tunis, le général envoya au rebelle une députation conduite par le cadi de la ville pour l'engager à venir se remettre entre ses mains. Mansour reçut la députation avec honneur, se montra disposé à obéir aux ordres du vice-roi et, en attendant, fit porter aux soldats de Mohammed-ben-Hamza des vivres et du vin. Lorsque la nuit fut venue, il garrotta le cadi et ses compagnons, s'empara de leurs chevaux, et, réunissant tous ses cavaliers, se porta rapidement sur Tunis. Les soldats de Mohammed étaient occupés à faire bonne chère avec les vivres de Mansour; plusieurs même étaient déjà plongés dans l'ivresse. Attaqués à l'improviste par les rebelles, ils furent bientôt massacrés ou dispersés.

A l'annonce de ces événements, tous les miliciens se trouvant dans cette région accoururent se ranger sous la bannière de Mansour. Le rebelle fit mettre à mort le gouverneur de Tunis et s'installa dans cette ville. Presque aussitôt Ziadet-Allah envoya contre les rebelles l'élite de ses troupes, sous la conduite de son cousin R'alboun, le chef le plus aimé des miliciens. A leur départ, le vice-roi leur adressa des menaces humiliantes et intempestives, annonçant que quiconque oserait fuir serait puni de mort. R'alboun eut beaucoup de peine à calmer l'irritation de ses hommes; mais les paroles imprudentes du maître avaient produit leur effet et il ne put empêcher les miliciens d'entrer secrètement en relation avec le rebelle. Lorsque, dans le mois de juillet 824, les deux troupes furent en présence, près de la Sebkha de Tunis, R'alboun vit ses soldats prendre la fuite et se trouva bientôt seul avec ses officiers. Ceux-ci étaient restés fidèles, mais on ne put les décider à rentrer à Kaïrouan, car ils connaissaient trop bien la violence de Ziadet-Allah pour aller s'exposer à ses coups. Ils se retirèrent dans diverses localités, semant l'anarchie et l'indécision, tandis que l'armée d'El-Mansour recevait sans cesse des transfuges.

Ziadet-Allah, mis au courant de la gravité de la situation, envoya partout des courriers pour annoncer qu'il ne songeait pas à punir les miliciens; mais il était trop tard; l'impulsion était donnée et la défection de la milice devint générale. Retranché dans son palais d'El-Abbassia, tandis que les rebelles marchaient sur Kaïrouan, le gouverneur put encore former une troupe nombreuse, composée de sa garde nègre et des gens de sa maison; il en confia le commandement à son neveu Mohammed et la lança contre l'armée d'El-Mansour. Mais la fortune le trahit encore: son armée fut anéantie, après avoir perdu ses principaux chefs. Cette victoire fit entrer dans le parti de Mansour les habitants de Kaïrouan, qui lui ouvrirent leur ville et lui envoyèrent des secours de toute sorte.

Ne pouvant plus compter que sur lui seul, Ziadet-Allah réunit ses derniers soldats fidèles et, s'étant mis bravement à leur tête, vint prendre position entre son château et Kaïrouan. Durant une quarantaine de jours, ce ne fut qu'une série de combats qui se terminèrent, en général, à l'avantage du vice-roi. L'armée de Mansour se débanda après une dernière défaite, et Ziadet-Allah put rentrer en possession de Kaïrouan. Contre son habitude, il accorda l'amnistie aux habitants et se contenta de raser les fortifications de la ville (septembre-octobre 824).

El-Mansour avait gagné le sud; il rallia ses partisans et infligea, auprès de Sebiba, une nouvelle défaite aux troupes du gouverneur. La route du nord lui étant ouverte, il se rapprocha de Kaïrouan afin de faciliter la sortie de cette ville aux familles des miliciens révoltés; puis il retourna à Tunis et s'y installa en maître (825).