[Note 420: ][ (retour) ] Soit dans la même année, soit en 814, les auteurs n'étant pas d'accord sur cette date.
Rentré à Fès, il recueillit huit mille Musulmans d'Espagne, expulsés de Cordoue par El-Hakem à la suite de la révolte dite du faubourg (Ribad'), et les établit dans sa capitale, où ils formèrent le quartier des Andalous. Les émigrés de Cordoue étaient presque tous des gens d'origine celto-romaine, qui avaient été contraints d'embrasser l'islamisme après la conquête de l'Espagne par les Arabes. L'arrivée de cette population très civilisée fut une bonne fortune pour la nouvelle capitale, et contribua à la faire briller d'une réelle splendeur dans les arts, les lettres et les sciences [421].
[Note 421: ][ (retour) ] Dozy, Hist. des Musulmans d'Espagne, t. II, p. 70 et suiv. El-Bekri, Idricides. Ibn-Khaldoun, t. II, p. 560, t. III, p. 229.
Mort de Abd-Allah.--Son frère Ziadet-Allah le remplace.--A Kaïrouan, Aboul'-Abbas-Abd-Allah, fils d'Ibrahim, loin d'imiter la prudence de son père et de chercher à arrêter les progrès du prince de Fès, n'avait réussi qu'à indisposer les esprits contre lui. Violent et cruel, même envers les membres de sa famille, sacrifiant tout à la milice, accablant le peuple de charges, il combla la mesure des fautes en frappant la culture faite par chaque charrue d'une taxe uniforme de huit dinars (pièces d'or). Cet impôt, énorme pour l'époque, remplaça la dîme (achour), qui précédemment se payait en nature et était proportionnée à l'abondance de la récolte. De toutes parts s'élevèrent des réclamations; mais le prince resta sourd aux prières et le peuple continua à gémir sous son oppression.
Enfin, par un bonheur inespéré, Abd-Allah mourut presque subitement, d'une affection charbonneuse (juin 817). Ce prince, «le plus bel homme de son temps», avait exercé le pouvoir pendant un peu plus de cinq ans.
Abou-Mohammed-Ziadet-Allah succéda à son frère, et, employant des procédés de gouvernement tout différents, s'attacha à réduire les prérogatives de la milice et à maltraiter et abaisser de toutes les façons les miliciens [422].
[Note 422: ][ (retour) ] En-Nouéïri, p. 404, 405.
Espagne:--Révolte du faubourg. Mort d'El-Hakem.--En Espagne, le khalife El-Hakem, avait entrepris, avec des chances diverses, plusieurs campagnes au delà des Pyrénées. L'alliance de ses oncles avec Charlemagne et Alphonse II, roi des Asturies, l'avait contraint à déployer toutes ses forces contre la coalition. Quelques-unes de ses razias furent couronnées de succès. Alphonse, de son côté, poussa une pointe jusqu'à Lisbonne et mit cette ville au pillage. Pour rendre compte à son allié Charlemagne du succès de cette expédition, il lui envoya «sept Musulmans de distinction, avec leurs armes et leurs mulets [423]».
[Note 423: ][ (retour) ] Dozy, Recherches sur l'hist. de l'Espagne, p. 149.
Après avoir conclu un traité de paix avec les princes chrétiens, El-Hakem se renferma dans Cordoue et y vécut de la vie des despotes musulmans de cette époque, jusqu'à la grande révolte dite du faubourg (Ribad'), qui mit sa vie en danger et dont il triompha par son indomptable énergie. Sa victoire fut suivie de trois jours de massacres, et quand ses soldats furent las de tuer, sa vengeance n'était pas encore satisfaite; il ordonna aux survivants de quitter l'Espagne sans délai. On vit alors cette malheureuse population, décimée, ruinée, se diriger à pied, par groupes, vers les ports du littoral. Quinze mille Gordouans firent voile pour l'Egypte; ils abordèrent à Alexandrie et s'y maintinrent, avec l'appui d'une tribu arabe, jusqu'en 826. Le khalife El-Mamoun les ayant alors forcés à capituler, leur chef les conduisit à la conquête de l'île de Crète, qu'ils arrachèrent aux Byzantins et où ils fondèrent une république indépendante. Les autres réfugiés, au nombre de huit mille, passèrent au Mag'reb et furent bien accueillis par Edris II, qui les établit, ainsi que nous l'avons vu, dans sa nouvelle capitale. A Fès, ils furent groupés dans le quartier des Andalous [424]. El-Hakem mourut le 22 mai 822 et fut remplacé par son fils Abd-er-Rahman II.