Ibrahim venait de triompher de cette longue révolte et était occupé à démanteler les fortifications de Kaïrouan, lorsqu'il apprit que son fils Abd-Allah avait été chassé de Tripoli par les troupes occupant cette place. Il lui envoya des fonds au moyen desquels Abd-Allah put enrôler un grand nombre de Berbères et rentrer en possession de Tripoli. Ce furent alors ces mêmes indigènes, appartenant à la tribu des Houara, qui se lancèrent dans la révolte. Conduits par leur chef, Aïad-ben-Ouahb, ils vinrent attaquer Tripoli qui était défendu par le général Sofiane, se rendirent maîtres de cette ville et la renversèrent presque entièrement. Abd-Allah, envoyé en toute hâte par son père, à la tête d'une armée de treize mille hommes, défit les Berbères et, étant rentré à Tripoli, s'occupa à relever les fortifications de cette ville (811) [418].

[Note 418: ][ (retour) ] Les détails donnés par les auteurs arabes sur les différentes phases de cette révolte sont assez embrouillés, et il est possible qu'Abd-Allah n'ait repris qu'une seule fois Tripoli.

Sur ces entrefaites, Abd-el-Ouahab-ben-Rostem, roi de Tiharet, arrivé de l'Ouest avec de nombreux contingents, rallia les Houara et Nefouça et vint mettre le siège devant Tripoli. Il fit, avec soin, garder une des issues de la place et pressa l'autre avec la plus grande vigueur. Abd-Allah était sur le point de succomber, lorsqu'on reçut la nouvelle de la mort d'Ibrahim qui était décédé à l'âge de 56 ans (juillet 812), dans son château d'El-Abbassïa.

Abou-l'Abbas-Abd-Allah succède à son père Ibrahim.--Aussitôt que la mort d'Ibrahim fut connue, Abd-Allah, qui avait été désigné par lui pour lui succéder, se hâta de proposer à Ibn-Rostem de conclure le paix. Il fut convenu entre eux que le prince de Tiharet se retirerait dans les montagnes des Nefouça et que Tripoli resterait aux Ar'lebites: mais toutes les plaines de la Tripolitaine furent abandonnées aux Kharedjites.

Pendant que cette paix boiteuse se signait à Tripoli, Ziadet-Allah, second fils d'Ibrahim, recevait, selon les dispositions prises par son père, le serment des principaux citoyens de Kaïrouan.

Dans le mois d'octobre 812, Abou-l'Abbas-Abd-Allah arriva dans sa capitale. Son frère, Ziadet-Allah, s'était porté au devant de lui pour le saluer comme souverain, mais il fut reçu avec la plus grande dureté. Pour la première fois, le fils d'un gouverneur de l'Ifrikiya succédait à son père sans l'intervention du khalifat [419].

Haroun-er-Rachid était mort en 809, laissant le trône à son fils El-Mamoun. Le nouveau khalife se borna à ratifier l'élévation du vice-roi de Kaïrouan.

[Note 419: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. I, p. 243, 277. En-Nouéïri, p. 403.

Conquêtes d'Edris II.--Dans le Mag'reb, Edris II continuait à affermir son trône. Voulant sans doute faire oublier aux Aoureba l'ingratitude qu'il avait montrée à leur chef, il leur confia des commandements importants; puis, s'enfonçant dans les montagnes du sud-ouest, il attaqua les tribus masmoudiennes, les vainquit et soumit l'Atlas à son autorité. Après s'être avancé en vainqueur jusqu'à Nefis, près de la montagne de Tine-Mellal dans le Sous, il rentra à Fès (812). C'est sans doute vers cette époque qu'Edris commença à combattre le kharedjisme, dont il décréta l'abolition dans ses états; mais ce schisme avait pénétré trop profondément la nation berbère, pour pouvoir être supprimé d'un trait de plume; aussi ne devait-il disparaître de l'Afrique, où il avait déjà fait couler tant de sang, qu'après de longues et nouvelles convulsions.

Quelque temps après [420] Edris marcha sur Tlemcen, qui s'était affranchie de son autorité. Il y entra en vainqueur et reçut l'hommage des Beni-Ifrene et Mag'raoua qui y dominaient. Il séjourna quelque temps à Tlemcen et de là dirigea quelques expéditions heureuses contre les peuplades zenatienes et autres berbères. Ses troupes s'avancèrent ainsi jusqu'au Chelif. Cependant, il ne paraît pas qu'il eût osé se mesurer contre les Rostemides de Tiharet. Selon Ibn-Khaldoun, il passa à Tlemcen trois années, pendant lesquelles il s'appliqua à embellir cette ville et à orner la mosquée construite par son père. En partant, il laissa le commandement de la province, avec suprématie sur les tribus des Beni-Ifrene et Mag'raoua, à son cousin Mohammed, fils de Soleïman, qu'Edris I avait préposé au commandement de Tlemcen.