A Abdallah: les régions du sud, comprenant le Sous et les montagnes de l'Atlas, avec les villes d'Ar'mat et d'Anfis, pays habité par les Masmouda et Lamta;

A Yahïa: les villes d'Azila et d'El-Araïch, avec la région maritime environnant ces ports, sur l'Océan, et habitée par les Ouergha;

A Aïça: les villes de Salé et Azemmor, sur l'Océan, et le pays de Tamesna, avec les tribus qui en dépendaient;

Enfin Hamza eut Oulili et la contrée environnante.

Tlemcen, avec son territoire, fut placée sous l'autorité de Aïça, fils de Soleïman, son oncle.

Ainsi l'empire edriside se trouvait fractionné en neuf commandements; ce démembrement ne pouvait que lui être fatal, car c'est en vain que Mohammed avait espéré conserver une suprématie sur le royaume et prévenir toute tentative d'usurpation de la part de ses frères. La jalousie et l'ambition de ces princes allaient bientôt être fatales à la dynastie edriside [427].

[Note 427: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, Berbères, t. II, p. 563. El-Bekri, Idricides. Kartas, p. 61 et suiv.

État de la Sicile au commencement du ixe siècle.--Nous allons quitter un instant la terre d'Afrique pour nous transporter en Sicile, où les armes musulmanes vont cueillir de nouveaux lauriers; mais il convient, avant de commencer ce récit, d'examiner quelle était la situation de cette île au ixe siècle.

Depuis longtemps, nous l'avons vu, les Musulmans convoitaient la Sicile et avaient exécuté contre cette grande île diverses expéditions; l'une d'elles se serait certainement terminée par la conquête du pays, si la révolte kharedjite n'avait forcé le gouverneur arabe à rappeler toutes ses forces pour les conduire en Mag'reb [428]. En présence de cette menace, les empereurs byzantins s'étaient efforcés de mettre la Sicile en état de défense et d'y envoyer des troupes, car ils tenaient à conserver ce boulevard de leur puissance en Occident. Mais la période d'anarchie que traversa l'empire d'Orient pendant le viiie siècle, les guerres qu'il eut à soutenir, les révoltes qu'il dut réprimer, son déplorable système administratif qui consistait à pressurer les populations et à les livrer à la rapacité de leurs patrices, les persécutions religieuses, à la suite des hérésies des Monothélites et des Iconoclastes, et enfin les conséquences de l'hostilité du pape, qui s'était déclaré en quelque sorte souverain indépendant, en posant les bases de son pouvoir temporel; toutes ces conditions avaient eu pour résultat de rendre la situation de la Sicile très critique, au commencement du ixe siècle. La haine des populations contre l'Empire était portée à son comble et, comme les souverains de Byzance avaient pris l'habitude d'exiler en Sicile les personnages disgraciés, il en résultait des rébellions continuelles, affaiblissant de jour en jour l'autorité byzantine [429]. Plusieurs fois, les rebelles avaient cherché un appui ou un refuge auprès des princes arabes de Kaïrouan. Du reste, les courses des Musulmans d'Afrique et d'Espagne contre les îles de la Méditerranée étaient pour ainsi dire incessantes, et répandaient la terreur parmi les populations de ces rivages, au mépris des traités particuliers, souscrits de temps à autre, dans l'intérêt du commerce, entre les gouvernements oméïade, edriside ou ar'lebite et le patrice de Sicile, le pape ou les républiques maritimes.

[Note 428: ][ (retour) ] V. ci-devant, ch. iii (Révolte de Meïcera).