[Note 429: ][ (retour) ] Amari, Storia dei Musulmani di Sicilia, t. I, p. 76 et suiv., 178 et suiv., 194 et suiv.
Euphémius appelle les Arabes en Sicile.--Expédition du cadi Aced.--A la fin de l'année 820, Michel le Bègue, qui allait être livré au bourreau, est porté par une révolution de palais au trône de l'empire. A cette nouvelle, les Syracusains, ayant à leur tête un certain Euphémius, mettent à mort le patrice Grégoire qui gouvernait l'île et se déclarent indépendants; mais l'empereur envoie en Sicile une armée qui défait les Syracusains et écrase cette révolte. Euphémius se réfugie en Afrique, avec sa famille, et offre à Ziadet-Allah la suzeraineté de la Sicile, s'il veut l'aider à y reprendre le pouvoir, assurant qu'il a de nombreux partisans dans l'armée et la population et que la conquête sera facile (826).
Ziadet-Allah était alors absorbé par ses luttes contre les rebelles. Cependant, après la mort d'El-Mansour, sa sécurité étant assurée, il s'occupa des propositions d'Euphémius et, comme il avait reçu de Platha, gouverneur de Sicile, des communications destinées à le détourner de cette entreprise, il convoqua une assemblée de notables et lui soumit la question. Plusieurs membres répugnaient à cette expédition, ne voulant pas rompre une trêve conclue en 813; mais Euphémius fit ressortir que ce traité était détruit, ipso facto, puisque des Musulmans étaient détenus en Sicile, et le cadi Aced, prenant la parole, insista avec tant de force pour que l'aventure fût tentée, qu'il finit par décider l'assemblée à autoriser l'expédition, comme une opération isolée, et non dans un but de conquête. Aced, s'étant proposé pour diriger cette entreprise, fut nommé, par Ziadet-Allah, cadi-émir chef de l'expédition.
La guerre sainte fut proclamée et l'expédition se prépara à Souça, sous les yeux d'Euphémius et d'Aced. Un grand nombre de Berbères, particulièrement de la tribu de Houara, des réfugiés espagnols, des miliciens, accoururent à Souça, et bientôt une armée de mille cavaliers et de cinq cents fantassins s'y trouva réunie [430]. On ne saurait trop remarquer l'analogie de cette expédition avec celle qui livra, un peu plus d'un siècle auparavant, l'Espagne aux Musulmans: ce sont les mêmes causes et les mêmes procédés d'exécution; jusqu'à l'effectif de l'armée qui est sensiblement le même; enfin, la guerre de Sicile va absorber les forces actives des Musulmans de l'Ifrikiya et consolider la puissance des Ar'lebites en arrêtant l'ère des révoltes.
[Note 430: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. I, p. 277. Amari, Storia, t. 1, p. 258 et suiv.
Conquête de la Sicile.--Le 13 juin 827, selon En-Nouéïri, la flotte, composée d'une centaine de barques portant l'armée expéditionnaire, leva l'ancre et le lendemain aborda à Mazara. Dès lors, Aced écarta Euphémius et se réserva pour lui seul la direction des opérations; un rameau placé sur le heaume des Musulmans leur servit de signe de ralliement.
Bientôt Platha s'avança contre les envahisseurs à la tête de toutes les forces chrétiennes, que les auteurs arabes portent, avec leur exagération habituelle, à cent cinquante mille hommes. Le 15 juillet, l'action fut engagée par Aced, qui attaqua bravement les Grecs en avant de Mazara. Entraînes par l'exemple de leurs chefs, les Musulmans traversent les lignes ennemies, culbutent partout les chrétiens et remportent une grande victoire. La Sicile était ouverte.
Tandis que Platha cherchait un refuge en Calabre, Aced, après avoir assuré sa base d'opérations, marcha contre la capitale, en recevant sur sa route l'hommage des populations. A la fin du mois de juillet, il commença le siège de Syracuse; mais cette ville se défendit avec vigueur et reçut des secours d'Orient et de Venise. Dans l'été de 828, Syracuse était sur le point de tomber aux mains des Musulmans et avait déjà fait des offres de reddition, d'ailleurs repoussées, lorsque Aced mourut. Dès lors la fortune abandonna les Musulmans. Mohammed-ben-el-Djouari, successeur d'Aced, eut à lutter contre des séditions et vit partout la résistance s'organiser. En même temps, le comte de Lucques faisait une descente sur les côtes de Tunisie et empêchait le gouverneur ar'lebite d'envoyer des secours à l'expédition. Forcés de lever le siège de Syracuse, les Musulmans tentèrent d'abord de fuir par mer; mais, la flotte ennemie leur ayant coupé le chemin, ils descendirent à terre, incendièrent leurs vaisseaux et se réfugièrent dans des montagnes escarpées, avec Euphémius qui avait pris le litre d'empereur. Reprenant ensuite l'offensive, ils s'emparèrent de Minée, de Girgenti et de Castro-Giovanni (Enna), où ils mirent à mort Euphémius, soupçonné d'être entré en pourparlers avec l'ennemi. Mohammed-el-Djouari fit alors battre monnaie à son nom; il mourut en 829 et fut remplacé par Zoheïr-ben-R'aouth.
La situation des Musulmans, réduits à la possession de Mazara et de Minée, était assez précaire, lorsque, dans l'été de 830, une flotte arriva d'Afrique avec trente mille hommes: Berbères, Arabes, aventuriers espagnols et autres, envoyés par Ziadet-Allah, pour reconquérir le terrain perdu. Les Musulmans reprirent une vigoureuse offensive et vinrent assiéger Palerme. Après une héroïque résistance de plus d'un an, cette ville capitula dans l'automne de 831 [431], et les habitants qui avaient échappé aux dangers et aux privations du siège furent réduits en esclavage. Ainsi les Musulmans étaient maîtres d'une grande partie de la Sicile. Ils s'établirent solidement à Palerme et fondèrent une colonie où accoururent Africains et Espagnols. Ziadet-Allah nomma de ses parents comme gouverneurs de l'île, et la guerre suivit son cours entre les musulmans et les chrétiens, avec les alternatives ordinaires de succès et de revers [432].
[Note 431: ][ (retour) ] Ibn-el-Athir donne à cet événement la date de 832. En-Nouéïri et Elie de la Primaudaie, (Arabes et Normands en Sicile et en Italie), 835. Nous adoptons la date donnée par M. Amari, t. I, p. 290.