[Note 447: ][ (retour) ] En-Nouéïri, p. 422.
Guerre de Sicile.--Pendant que l'Afrique était le théâtre de ces événements, les armes arabes obtenaient de nouveaux succès en Sicile. En 867, Basile le Macédonien, étant monté sur le trône impérial, s'appliqua à réorganiser l'armée et, dans la même année, envoya une expédition en Sicile. Une certaine anarchie divisait les Musulmans, depuis la mort de Abbas; les Berbères étaient jaloux des Arabes, et ceux-ci étaient toujours divisés par les rivalités des Yéménites et des Modhérites. Les troupes impériales obtinrent quelques succès et paraissent s'être emparées de Castrogiovanni; mais bientôt les Musulmans reprirent l'avantage et portèrent le ravage dans les environs de Syracuse. En 868, Khafadja-ben-Sofian qui avait pris le commandement, défit une nouvelle armée byzantine envoyée par Basile; mais il tomba peu après sous le poignard d'un Berbère houari.
L'année suivante (869), Ahmed-ben-Omar-ben-El-Ar'leb s'empara de l'île de Malte. Les Byzantins, accourus en toute hâte, arrachèrent aux Ar'lebites leur nouvelle conquête. Mais, au mois de juin 870, la flotte musulmane envoyée de Sicile débarqua à Malte une nouvelle armée qui reprit l'île aux chrétiens [448].
[Note 448: ][ (retour) ] Amari, Storia, p. 341 et suiv.
Mort d'Abou-el-R'aranik.--Gouvernement d'Ibrahim-ben-Ahmed.--Abou-El-R'aranik mourut le 16 février 875, après avoir régné une dizaine d'années. Il n'était âgé que de vingt-quatre ans, et avait une si mauvaise santé qu'il avait passé plusieurs fois pour mort, ce qui lui avait valu le surnom d'El-Mïït. Comme la plupart des membres de la famille ar'lebite, ce prince se distinguait par la bonté et la générosité; mais aussi il avait les défauts de ses devanciers, qui tous mouraient si jeunes; esclave de ses passions, il était dominé par le goût des plaisirs, de la chasse et surtout de la débauche et du vin. Sa prodigalité était si grande qu'il laissa le trésor complètement à sec. Son frère, Abou-Ishak-Ibrahim, qui dirigeait les affaires comme premier ministre, était impuissant à le modérer dans ses dépenses.
Avant de mourir, Abou-el-R'aranik avait désigné, pour lui succéder, son fils Ahmed-Abou-L'Eïkal, et, comme il redoutait l'influence de son frère Ibrahim et ses visées ambitieuses, il l'avait contraint à jurer solennellement, cinquante fois de suite, dans la grande mosquée, qu'il ne tenterait pas de s'emparer du pouvoir. Mais cette précaution fut absolument inutile: aussitôt que la mort du gouverneur fut connue, le peuple se porta en foule auprès d'Ibrahim et le força à se rendre au château et à prendre en main les rênes du gouvernement.
Ibrahim essaya de résister en représentant qu'il était lié envers son frère par un engagement solennel. Mais, quand il vit le peuple décidé à n'accepter en aucune manière le règne d'un enfant, il se décida à prendre le pouvoir. Étant monté à cheval, il pénétra de force dans le vieux château et y reçut l'hommage des principaux citoyens.
Le nouveau gouverneur s'occupa ensuite de l'édification d'un vaste château au lieu dit Rakkada, à quatre milles de Kaïrouan, dans une localité privilégiée comme climat. Son but était d'en faire sa demeure et d'abandonner le vieux château. Il employa les premières années de son règne à diverses autres constructions, tout en dirigeant la guerre de Sicile et d'Italie, sur laquelle nous allons entrer plus loin dans des détails. En 878, les affranchis, descendants des troupes nègres formées par El-Ar'leb, se révoltèrent dans le vieux château et osèrent même interrompre les communications avec Rakkada; mais ils furent bientôt forcés de se rendre, et Ibrahim les fit périr sous le fouet, ou crucifier, donnant ainsi le premier exemple de l'incroyable férocité qu'il devait montrer plus tard. Il fit ensuite acheter d'autres esclaves au Soudan et forma une nouvelle garde nègre qui se distingua, plus tard, par sa bravoure et son aveugle fidélité [449].
[Note 449: ][ (retour) ] En-Nouéïri, p. 424 et suiv.
Les Souverains edrisides de Fez.--C'est sans doute vers cette époque que l'edriside Yahïa mourut à Fès et fut remplacé par son fils nommé, comme lui, Yahïa. Ce prince, par sa conduite dissolue, indisposa contre lui la population de la capitale; à la suite d'un dernier scandale, la révolte éclata, à la voix d'un nommé Abder-Rahman-el-Djadami. Expulsé du quartier des Kaïrouanides, Yahïa se réfugia dans celui des Andalous, où il mourut la même nuit. Ali, fils d'Edris-ben-Omar, souverain du Rif, cédant aux sollicitations des partisans de sa famille qui étaient venus lui porter une adresse, se rendit à Fès, y prit en main le pouvoir et reçut le serment de fidélité des chefs du Mag'reb extrême.