Abd-Allah succéda à son frère Moundhir. Il prenait le pouvoir dans des circonstances très critiques, car, non seulement les provinces, les cantons, les villes tendaient à se déclarer indépendants, mais encore l'aristocratie arabe relevait la tête dans la capitale même.
Pour être entièrement à l'abri des entreprises d'Ibn-Hafçoun, le sultan lui offrit le gouvernement de Regio, à la condition qu'il reconnaîtrait le prince oméïade comme son suzerain. Cette tendance au fractionnement, qui devait être si préjudiciable à la domination musulmane, n'était que l'effet de la réaction des indigènes, devenus sectateurs de l'Islam, et des Berbères, contre la domination des Arabes d'Orient.
A chaque instant, des massacres, comme ceux d'Elvira et de Séville [464], manifestaient le sentiment général et la persistance de la rivalité des maadites et des yéménites empêchait les Arabes de s'unir pour résister à l'ennemi commun. Bientôt la lutte prit un caractère d'extermination féroce; Espagnols et Arabes s'entretuèrent et Ibn-Hafçoun, comme on peut le deviner, prit une part active à la guerre civile. «A cette époque--(891) dit Dozy [465]--presque toute l'Espagne musulmane (moins Séville), s'était affranchie de la sujétion. Chaque seigneur arabe, berbère ou espagnol, s'était approprié sa part de l'héritage des Oméïades. Celle des Arabes avait été la plus petite. Ils n'étaient puissants qu'à Séville, partout ailleurs ils avaient beaucoup du peine à se maintenir contre les deux autres races». Telle était la situation de l'Espagne à la fin du ixe siècle.
[Note 464: ][ (retour) ] Dozy, Musulmans d'Espagne, t. II, p. 210 et suiv., 243 et suiv.
[Note 465: ][ (retour) ] Dozy, l. c., p. 259.
En 870, Ibn-Hafçoun, après être entré en pourparlers avec le gouverneur ar'lebite et le khalife lui-même, leur offrant de rétablir l'autorité abbasside en Espagne, attaqua le prince oméïade, mais il fut vaincu dans une sanglante bataille (avril 891). Cette victoire avait rendu à Abd-Allah quelques places. Cependant Ibn-Hafçoun, qui avait en vain réclamé des secours des ar'lebites, ne tarda pas à reprendre l'offensive et le succès couronna de nouveau ses armes. Pendant de longues années on lutta de part et d'autre avec des chances diverses et enfin, dans les premières années du xe siècle, le prince oméïade finit par triompher de ses ennemis et raffermir son trône [466].
[Note 466: ][ (retour) ] Dozy, Musulmans d'Espagne, t. II, p. 311 et suiv. El-Marrakchi, Dozy, p. 17 et suiv.