[Note 468: ][ (retour) ] Muratori, Vie de Léon IV, t. III.

En 851 les guerres intestines qui divisaient les chrétiens prennent fin. L'ancien état de Bénévent est divisé en deux principautés, Salerne et Bénévent, et il est décidé qu'on ne recourra plus au secours des Musulmans. Le gouverneur de Sicile accourt pour protéger les Arabes d'Italie; il obtient de grands succès et ne rentre dans l'île qu'après avoir assuré la sécurité de Bari. Le chef de cette colonie, Mouferredj-ben-Salem, prend alors le titre de sultan et s'adresse au khalife abbasside pour être reconnu indépendant. Bari devient le refuge de tous les aventuriers, de tous les brigands musulmans; de ce repaire, partent des bandes qui portent sans cesse le ravage dans l'Italie et, pendant ce temps, Bénévent lutte contre Salerne, Naples contre Capoue, Capoue contre Salerne, les Capouans, les uns contre les autres.

L'empereur Lodewig appelé comme un libérateur arrive en 867 en Italie, à la tête d'une armée nombreuse, met le siège devant Bari et presse en vain, pendant deux ans, cette ville sans cesse ravitaillée par mer. Il s'allie, dans l'espoir d'en triompher, avec l'empereur d'Orient et avec Venise, afin de pouvoir agir sur mer. Mais les Napolitains envoient secrètement des secours à Bari; en même temps, la discorde ayant éclaté parmi les alliés, les Byzantins se retirent. Lodewig, qui n'a plus avec lui qu'une poignée d'hommes, se jette en désespéré à l'assaut de Bari, enlève cette ville et fait le sultan prisonnier. Pour assurer les effets de sa victoire, il se dispose à poursuivre les Musulmans dans leurs repaires et à punir Naples de sa trahison; mais une nouvelle ligue est conclue contre lui entre Bénévent, Salerne et Naples. Abandonné de tous, Lodewig est, à son tour, vaincu et fait prisonnier.

En 871, les Ar'lebites de Sicile effectuèrent une grande expédition en Italie, dans l'espoir de récupérer leur conquête; mais le résultat fut peu favorable et ils eurent encore à lutter contre les troupes envoyées par Lodewig au secours des Capouans et des Salernitains.

Vers 875, les Byzantins tenaient une partie de la Calabre et le territoire d'Otrante, le reste de cette province était aux Musulmans. De là, jusqu'aux confins de l'État de l'Église, le prince de Bénévent occupait le versant oriental de l'Apennin. Le versant occidental était tenu, au midi, par la principauté de Salerne, au nord par celle de Capoue, et au milieu d'elles vivaient indépendantes les républiques de Naples, Amalfi, Gaëte, soit six États en guerre les uns contre les autres [469].

De 876 à 880, les Musulmans, soutenus par Naples, Amalfi et Gaëte, luttent avec acharnement contre les Byzantins; mais ceux-ci, habilement commandés par Nicéphore Phocas, les chassent successivement de la Calabre et d'une partie de la Pouille. Dans le même temps, les gens de Capoue, soutenus par les Musulmans, luttent contre le pape et ravagent la campagne de Rome. Amalfi, Gaëte, Naples, Spolète, Bénévent, se battent ensemble avec rage. Les Arabes, dont l'alliance est fort recherchée, en profitent pour établir une nouvelle colonie à Carigliano, et de là, porter le ravage dans la Terre de labour. L'abbaye du Mont-Cassin, qui avait toujours été respectée, est mise à sac et brûlée. Le Mont-Cassin est bientôt relevé de ses ruines et devient un monastère fortifié dont l'abbé a un petit état confinant à celui du Saint-Siège.

A la fin du ixe siècle, des groupes de condottiers musulmans, venus d'Afrique ou de Sicile, restent établis dans le pays, vivant de rapines et offrant leurs bras aux tyrans [470].

[Note 469: ][ (retour) ] Amari, Musulmans de Sicile, t. I, p. 434 et suiv.

[Note 470: ][ (retour) ] Ibid., t. I, p. 458 et suiv.

Ibrahim porte la guerre en Italie.--Sa mort.--Débarqué à Trapani, à la fin de mai 902, Ibrahim-ben-el-Ar'leb commença par réorganiser l'armée. Dans le mois de juillet, il marcha sur Taormina, qui était alors la capitale byzantine, et l'enleva d'assaut, le 1er août, malgré l'héroïque défense des chrétiens. Il fit faire un massacre horrible de la population et incendia la ville. Après ce succès, Ibrahim divisa ses forces en quatre corps, de façon à envelopper les dernières possessions chrétiennes; mais il fut alors appelé en Italie et, le 3 septembre, traversa le détroit. Débarqué en Calabre avec son armée, il arriva devant Cosenza. Des envoyés chrétiens étant venus humblement solliciter la paix, il leur dit: «Retournez auprès des vôtres, et dites-leur que je vais m'occuper de toute l'Italie et disposer de ses habitants comme il me plaira. Les princes, Grecs ou Francs, espèrent peut-être me résister et m'attendent, à cet effet, avec toutes leurs troupes. Restez donc dans vos villes. Rome aussi, la cité du vieux Pierre, m'attend avec ses soldats germains; j'y passerai également, puis ce sera le tour de Constantinople.»