Tout le monde s'enfuit devant lui, et la terreur s'étendit jusqu'à Naples. Le 1er octobre, Ibrahim commença le siège de Cosenza; mais la maladie était dans l'armée et, malgré toute son ardeur, le vieux gouverneur ne put se rendre maître de la place. Atteint, lui-même par l'épidémie, il mourut le 23 octobre, dans sa cinquante-quatrième année «après vingt-six ans de tyrannie et six mois de pénitence», dit M. Amari [471].
Aussitôt après sa mort, les capitaines se mutinèrent et élurent son petit-fils, Ziadet-Allah, en le chargeant de les ramener en Afrique. Ce prince qui avait, paraît-il, été désigné par son aïeul, n'accepta le pouvoir qu'avec une grande répugnance: il s'empressa d'accorder la paix aux gens de Gosenza, puis il passa en Sicile et rentra en Ifrikiya [472]. Le corps d'Ibrahim fut rapporté en Afrique et enterré à Kaïrouan.
[Note 471: ][ (retour) ] Amari, l. c., t. II, p. 93.
[Note 472: ][ (retour) ] En-Nouéïri, p. 431 et suiv.
Progrès des Chiaïtes.--Victoires d'Abou-Abd-Allah chez les Ketama.--Pendant que ces faits se passaient en Europe, l'Afrique était le théâtre d'événements non moins graves. Après le mouvement hostile qui s'était prononcé parmi les Ketama contre Abou-Abd-Allah, sous l'empire de la terreur causée par l'annonce de l'attaque prochaine des Ar'lebites, plusieurs combats avaient été livrés entre les tribus fidèles et les partisans du chiaïte. L'avantage était resté à ce dernier; il avait vu le noyau de ses adhérents se grossir de ces masses qui suivent toujours le vainqueur. Les gens de Bellezma, les Lehiça, les Addjana, fractions ketamiennes, quelques groupes de Sanhadja, tribu restée jusqu'alors fidèle aux Ar'lebites, et enfin une partie des Zouaoua, montagnards du Djerdjera, se déclarèrent pour Abou-Abd-Allah.
Pendant que le chiaïte recueillait ces soumissions, un chef de la fraction ketamienne des Latana, nommé Ftah-ben-Yahïa, qui s'était montré l'adversaire déclaré du novateur, se rendit à Rakkada, dans l'espoir de déterminer le gouverneur à entreprendre une campagne sérieuse contre les rebelles. Au même moment, Abou-Abd-Allah s'emparait par trahison de Mila et mettait à mort le commandant de ce poste. Le fils de ce chef, qui avait par la fuite évité le sort de son père, vint à Kaïrouan, où il retrouva Ftah, et tous deux redoublèrent d'efforts pour obtenir vengeance. Cédant à leurs instances, Abou-l'Abbas se décida à envoyer contre les Ketama un corps de troupes, sous la conduite de son fils Abou-l'Kaoual (902).
Abou-Abd-Allah fit marcher à la rencontre de l'ennemi un groupe de ses adhérents, mais les troupes régulières les ayant dispersés sans peine, il dut évacuer précipitamment la place forte de Tazrout pour se réfugier dans son quartier-général de Guédjal, situé au milieu d'un pays coupé et d'accès difficile [473].
Abou-l'Kaoual, après avoir démantelé Tazrout, essaya de relancer son ennemi dans sa retraite, mais en s'avançant au milieu du dédale des montagnes ketamiennes, il reconnut bientôt qu'il ne pourrait, sans s'exposer à une perte certaine, continuer la campagne dans un tel terrain. Les Berbères surent profiter habilement de son indécision et du découragement qui gagnait son armée pour le harceler, surprendre les corps isolés, et enfin le forcer à évacuer le pays. Débarrassé de ses ennemis, le daï chiaïte s'établit, d'une façon définitive, à Guédjal, dont il fit sa ville sainte et qu'il appela Dar-el-Ilidjera (la maison du refuge).
[Note 473: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, Berbères, t. II, p. 513 et suiv.
Court règne d'Abou-l'Abbas.--Son fils Ziadet-Allah lui succède.--La défaite des troupes ar'lebites coincida avec le décès d'Ibrahim.