Le prince Abou-l'Abbas ne prit officiellement le titre de gouverneur qu'après la mort de son père. Il gouverna avec une grande modération, et l'on put croire qu'une ère de justice allait succéder à la terreur du règne précédent. Malheureusement il fut bientôt obligé de sévir contre son propre fils, Ziadet-Allah, qui, se fondant sur les dispositions prises devant Cosenza, lors du décès de son aïeul, aspirait directement au trône. Il fut jeté dans les fers, avec un grand nombre de ses partisans, pour prévenir un attentat qui ne devait que trop bien se réaliser plus tard [474].
[Note 474: ][ (retour) ] En-Nouéïri, p. 439.
Malgré les embarras qui l'assaillirent au début de son règne, Abou-l'Abbas, comprenant toute la gravité des progrès des Chiaïtes, envoya contre eux, pour la seconde fois, son autre fils Abou-l'Kaoual; mais le jeune prince n'eut pas plus de succès dans cette campagne que dans la précédente, et dut se contenter de s'établir dans un poste d'observation près de Sétif [475].
Peu de temps après, c'est-à-dire le 27 juillet 903, le gouverneur ar'lebite tomba, à Tunis, sous les poignards de trois de ses eunuques, poussés à ce crime par son fils Ziadet-Allah, du fond de sa prison. Après avoir accompli leur forfait, les assassins vinrent annoncer à celui qui les avait gagnés que son père n'existait plus, mais le parricide, craignant quelque piège, ne voulut pas se laisser mettre en liberté avant d'avoir la certitude du meurtre. Les eunuques, étant donc retournés auprès du cadavre, lui coupèrent la tête et l'apportèrent à Ziadet-Allah, qui, devant cette preuve irrécusable, consentit à ce qu'on brisât ses fers. Abou-l'Abbas avait montré, pendant son court séjour aux affaires, des qualités remarquables. C'était un prince instruit et d'un esprit élevé, digne en tout point du nom ar'lebite.
Quant à Ziadet-Allah, qui n'avait pas craint de parvenir au trône par le meurtre de son père, il était facile de prévoir ce que serait son règne. Un de ses premiers actes fut d'ordonner le supplice des eunuques qui avaient assassiné Abou-Abbas. Il fit proclamer son avènement dans les mosquées de Tunis et envoya aux gouverneurs des provinces l'ordre de l'annoncer officiellement. Il se livra ensuite à tous les déportements de son caractère, qui avait la férocité de celui d'Ibrahim, sans en avoir le courage. Vingt-neuf de ses frères et cousins furent, par son ordre, déportés dans l'île de Korrath [476], puis mis à mort. Cela fait, il envoya à son frère Abou-l'Kaoual, qui opérait dans le pays des Ketama, une lettre écrite au nom de leur père, lui enjoignant de rentrer. Le malheureux prince, ayant obtempéré à cet ordre, subit le sort de ses parents [477].
[Note 475: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. II, p. 514.
[Note 476: ][ (retour) ] Vis-à-vis l'extrémité occidentale du golfe de Tunis.
[Note 477: ][ (retour) ] En-Nouéïri, p. 440 et suiv.
Le mehdi Obéïd-Allah passe en Mag'reb.--Quelque temps avant les événements que nous venons de rapporter, Mohammed-el-Habib, troisième imam-caché, était mort en Orient, laissant son héritage à son fils Obeïd-Allah. Se sentant près de sa fin, il lui avait adressé ces paroles: «C'est toi qui es le Mehdi; après ma mort, tu dois te réfugier dans un pays lointain où tu auras à subir de rudes épreuves [478]!»
[Note 478: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, Berbères, t. II, p. 515. Il est à remarquer que la fin des siècles de l'hégire est toujours favorable à l'apparition des Medhi.