[Note 523: ][ (retour) ] Dozy, Musulmans d'Espagne, t. III, p. 49 et suiv.

Mouça se prononce pour les Oméïades.--Il est vaincu par les troupes fatemides.--Une fois maîtres de Ceuta, les généraux oméïades entrèrent en pourparlers avec Mouça-ben-Abou-l'Afia qui se disposait à marcher contre eux, et lui transmirent de la part de leur maître des offres très séduisantes, s'il consentait à l'accepter pour suzerain. Le chef des Miknaça avait-il à se plaindre du mehdi, ou jugea-t-il simplement qu'il était préférable pour lui de s'attacher à la fortune du brillant En-Nacer? Nous l'ignorons; dans tous les cas, il accueillit les ouvertures à lui faites et se décida à répudier la suzeraineté fatemide pour laquelle il avait combattu jusqu'alors. S'étant déclaré le vassal du khalife d'Espagne, il fit proclamer l'autorité oméïade dans le Mag'reb.

Dès que ces graves nouvelles furent parvenues en Ifrikiya, la mehdi expédia au gouverneur de Tiharet l'ordre de marcher contre ses ennemis du Mag'reb; mais les descendants de Messala, qui y commandaient, ne possédaient pas de forces suffisantes pour entreprendre une campagne sérieuse, et l'année 932 se passa en escarmouches sans importance. L'année suivante (933), une armée fatemide se mit en route vers l'ouest, sous le commandement de Homeïd-ben-Isliten, neveu de Messala, traversa sans peine le Mag'reb central et pénétra dans le Mag'reb extrême. Mouça attendait ses ennemis en avant de Taza, sur la rive gauche de la Moulouïa, au lieu dit Messoun. Après plusieurs jours de lutte, les troupes fatemides parvinrent à se rendre maîtresses du camp ennemi, ce qui contraignit Mouça à se jeter dans Teçoul, et à appeler à son aide le général Ibn-Abou-l'Fetah, resté en observation devant Hadjar-en-Necer. Aussitôt l'edriside Ibrahim et ses partisans reprirent l'offensive et vinrent attaquer les derrières de Mouça. Au profit de cette diversion, qui immobilisait le chef miknacien, Homeïd continua sa marche sur Fès, où il entra sans coup férir, car Medin, fils de Mouça, avait abandonné la ville à son approche. Après avoir rétabli l'autorité fatemide en Mag'reb, Homeïd reprit la route de l'Ifrikiya en laissant comme gouverneur à Fès Hâmed-ben-Hamdoun [524].

[Note 524: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, Berbères, t. I, p. 268, t. II, p. 528, 569, t. III, p. 231. Kartas, p. 111 et suiv. Bekri, passim.

Mort d'Obéïd-Allah, le mehdi.--Peu de temps après le retour de l'armée, Obéïd-Allah mourut à El-Mehdïa (3 mars 934). Il était âgé de soixante-trois ans et avait régné près de vingt-cinq ans. Il laissait sept fils et huit filles. Les astrologues de la cour prétendirent qu'au moment de sa mort la lune avait subi une éclipse totale.

Ce prince laissait à son fils un immense empire qui s'étendait de la grande Syrte au cœur du Mag'reb, Il faut reconnaître qu'une rare fortune avait secondé l'ambition de ce messie (mehdi), qui, après avoir erré en proscrit, durant de longues années, était venu s'asseoir en triomphateur sur le trône préparé par un disciple dont l'abnégation égalait le dévouement. Grâce à son énergie invincible, Obéïd-Allah sut conserver, étendre et établir sur des bases durables un pouvoir assez précaire au début. Nul doute que, sans les mesures rigoureuses qu'il prit et dont les premières conséquences furent de sacrifier ceux auxquels il devait tout, il eût été renversé après un court règne.

Et cependant l'ambition constante du mehdi, le désir de toute sa vie n'était pas réalisé. C'est vers l'Orient qu'il avait les yeux tournés et c'est sur le trône des khalifes, où son ancêtre Ali n'avait pu se maintenir, qu'il voulait s'asseoir. Après l'insuccès de ses tentatives militaires en Egypte, il dut se borner à employer l'intrigue, et ce fut, dit-on, par un de ses émissaires que le khalife El-Moktader fut tué pendant les guerres qui suivirent la révolte de Mounès. Suivant l'historien Es-Saouli, cité par Ibn-Hammad, il aurait même annoncé officiellement cette nouvelle dans une assemblée politique où il reçut les félicitations du peuple.

Le mehdi établit quelques modifications de rite dans la pratique de la religion musulmane. La révolte des Karmates, qui ensanglanta l'Orient pendant la fin de son règne, favorisa ces innovations. Le pèlerinage, une des bases de la religion islamique, était devenu impossible depuis que les farouches sectaires avaient mis la ville sainte au pillage et enlevé la pierre noire de la Kaâba [525].

[Note 525: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. II, p. 529 et suiv. Ibn-Hammad, passim. El-Kaïrouani, p. 96.

Expéditions des Fatemides en Italie.--Avant de terminer ce chapitre, nous devons passer une rapide revue des expéditions faites en Europe pendant les dernières années du règne du mehdi. A la suite d'une alliance conclue avec les ambassadeurs slaves venus de Dalmatie en Afrique, une expédition fut faite, vers 925, de concert avec eux, dans le midi de l'Italie. Les alliés s'emparèrent d'un certain nombre de villes détachées de l'obéissance de l'empire, et notamment d'Otrante. Saïn, chef des Slaves, força Naples et Salerne à lui verser une rançon, puis il fit payer tribut à la Calabre et retourna à Palerme avec un riche butin. Les Slaves avaient en effet pris l'habitude d'hiverner dans cette ville, dont un quartier conserva leur nom. Beaucoup d'entre eux passèrent en Espagne et entrèrent au service des princes oméïades.