Sur ces entrefaites, l'edriside El-Haçan, victime d'une sédition, fut arrêté et jeté en prison. Aussitôt Mouça-ben-Abou-l'Afia accourut à Fès et entreprit le siège du quartier des Andalous, resté fidèle aux Edrisides. Après une lutte acharnée, la victoire resta aux Miknaça. Mouça voulait qu'El-Haçan lui fut livré, mais on facilita sa fuite en essayant de lui faire escalader le rempart. Dans sa chute, El-Haçan se brisa la cuisse et mourut misérablement.
Expédition d'Abou-l'Kassem dans le Mag'reb central.--Les succès d'Ibn-Khazer dans le Mag'reb central, l'alliance de ce chef avec les Oméïades, décidèrent le mehdi à y faire une nouvelle campagne et à en confier la direction à son fils. Au printemps de l'année 927, le prince Abou-l'Kassem se mit en route à la tête d'une puissante armée. Il passa par les montagnes des Ketama et se heurta contre la tribu des Beni-Berzal, qui essaya de lui barrer le passage et contre laquelle il dut entreprendre toute une série d'opérations gênées par le mauvais temps. Ayant contraint les rebelles à la soumission, il continua sa route vers l'ouest et dut réduire diverses tribus telles que les Houara, et les Lemaïa, chez lesquelles le schisme kharedjite-sofrite s'était conservé. Il est assez difficile de dire jusqu'à quel point il s'avança dans le Mag'reb; ce qui paraît certain, c'est que les Mag'raoua se retirèrent dans le sud pour éviter son attaque.
Après avoir confirmé Mouça-ben-Abou-l'Afia dans son commandement, Abou-l'Kassem revint sur ses pas et s'arrêta à Mecila, dans le Hodna. Les Beni-Kemian, tribu voisine, lui ayant manifesté de l'hostilité, il les réduisit à la soumission et, pour les punir, les déporta à Kaïrouan. De même que les généraux byzantins avaient songé à établir dans cette localité une place forte qu'ils appelèrent Justiniana-Zabi, Abou-l'Kassem traça sur les bords de l'Oued-Sehar une ville destinée à couvrir la frontière du sud-ouest contre les incursions des Zenètes. Il lui donna le nom de Mohammedïa, mais l'ancienne appellation de Mecila prévalut. Le commandement de cette place forte fut donné par lui à l'andalousien Ali-ben-Hamdoun, qui avait été, dit-on, un des premiers partisans du mehdi et aurait même partagé sa captivité à Sidjilmassa. Tout le Zab fut placé sous les ordres de cet officier et l'on accumula dans la nouvelle place forte des approvisionnements et des armes [521].
[Note 521: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. II, p. 527-553. Ibn-Hammad, passim. El-Kaïrouani, p. 96.
Abou-l'Kassem rentra ensuite en Ifrikiya où l'appelait le soin de conserver ses droits d'héritier présomptif (928).
Vers le même temps (927), vingt pirates maures, d'Espagne, jetés par la tempête sur les côtes de Provence, s'établissaient au Fraxinet et, ayant été rejoints par des aventuriers de toute race, fondaient une petite république qui ne tarda pas à devenir un objet de terreur pour les régions environnantes; ces brigands parcoururent en maîtres les Alpes, l'Italie septentrionale, la Suisse, et poussèrent l'audace jusqu'à venir assiéger Milan.
Succès d'Ibn-Abou-l'Afia.--Nous avons laissé dans le Mag'reb Mouça-ben-Abou-l'Afia maître de Fès. Après avoir reçu la soumission des régions environnantes, Mouça, plaçant à Fès son fils Medin, s'attacha à poursuivre les descendants de la famille edriside et leurs partisans dans les retraites où ils s'étaient réfugiés. Les montagnes du Rif et le pays des R'omara étaient le dernier rempart de cette dynastie déchue. Une forteresse élevée sur un piton, au milieu de montagnes escarpées, était maintenant leur capitale. On l'appelait Hadjar-en-Necer (le rocher de l'aigle). A la mort d'El-Hadjam, la royauté était échue à Ibrahim, fils de Mohammed-ben-Kassem. Après avoir essayé en vain de réduire ses adversaires dans une retraite aussi difficile d'accès, Mouça se décida à laisser en observation son général Ibn-Abou-el-Fetah [522]; quant à lui, il alla enlever Nokour où régnait un descendant de Salah, nommé El-Mouaïed. Les vainqueurs mirent cette malheureuse ville au pillage et achevèrent l'œuvre de destruction commencée, quelques années auparavant, par Messala. Le chef des Miknaça envahit ensuite la province de Tlemcen, où se trouvait un prince edriside du nom d'El-Hacen, descendant de Soleïman, qui prit la fuite à son approche et alla se réfugier à Melila (931). Mouça entra vainqueur à Tlemcen.
[Note 522: ][ (retour) ] Abou-Komah, selon El-Bekri.
Ce n'était pas sans motif que Mouça avait abandonné le Mag'reb. Nous avons vu plus haut qu'Ibri-Khazer avait conclu une alliance avec Abd-er-Rhaman III, khalife d'Espagne, surnommé En-Nacer (le victorieux), en raison de ses grands succès sur les princes de Léon [523]. Stimulé par les agents de ce prince, il avait reparu dans le Mag'reb central, après le départ d'Abou-l'Kassem, et soumis pour les Omeïades tout le pays compris entre Ténès et Oran. Il est probable que l'arrivée du chef victorieux des Miknaça, maître d'une grande partie du Mag'reb, força Ibn-Khazer à regagner les solitudes du désert, son refuge habituel.
Pendant ce temps, le khalife d'Espagne, ne dissimulant plus ses plans de conquête en Mag'reb, enlevait Ceuta par un coup de main. Cette ville tenait encore pour les Edrisides et sa perte fut vivement ressentie par les derniers représentants de cette dynastie (931).