Meïçour rentra à El-Mehdia en 936 [529].

[Note 529: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, Berbères, t. II, p. 142, 145, 529. Kartas, p. 117. El-Bekri, Idricides.

Expéditions fatemides en Italie et en Egypte.--Pendant que ces événements se passaient dans le Mag'reb, El-Kaïm obtenait de brillants résultats sur un autre théâtre. Une nouvelle expédition maritime envoyée d'El-Mehdia contre Gènes remportait un grand succès. Les soldats fatemides, après avoir enlevé d'assaut cette ville, la mirent au pillage et ramenèrent des captifs nombreux. A leur retour, ils portèrent le ravage sur les côtes de Sardaigne et peut-être de Corse, et rentrèrent à El-Mehdia avec un riche butin et un millier de femmes chrétiennes captives (935) [530].

En Sicile, où quelques troubles avaient éclaté, le khalife fatemide envoya comme gouverneur un certain Khalil-ben-Ouerd, homme d'une rare énergie, qui ne tarda pas à rétablir la paix et put s'appliquer tout entier à l'embellissement de Palerme.

Mais El-Kaïm avait, comme son père, les yeux tournés vers l'Orient, et il faut avouer que le moment semblait favorable pour y exécuter de nouvelles tentatives. Après la mort du khalife El-Moktader, on avait proclamé El-Kaher-b'Illah à Bagdad; mais son règne avait été fort troublé et de courte durée. Déposé en 934, il fut remplacé par son neveu Er-Radi, fils d'El-Moktader. Ce prince nomma alors au gouvernement de l'Egypte un officier d'origine turque [531], nommé Abou-Beker-ben-Bordj et qui prit le titre d'Ikhchid (roi des rois). En réalité, l'Egypte devenait une vice-royauté presque indépendante, et, comme elle était très divisée par la guerre civile, il était naturel qu'El-Kaïm songeât à y intervenir.

[Note 530: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, Berbères, t. II, p. 529. Amari, Musulmans de Sicile, t. III, p. 180 et suiv.

[Note 531: ][ (retour) ] Il ne faut pas perdre de vue que les Turcs habitaient alors le centre de l'Asie.

L'affranchi Zeïdane, général fatemide, partit pour l'Egypte à la tête d'une armée et entra en vainqueur à Alexandrie, mais, Ikhchid étant accouru avec des forces imposantes, Zeïdane ne jugea pas prudent de se mesurer avec lui; il s'empressa d'évacuer le pays conquis et de rentrer en Ifrikiya.

Puissance des Sanhadja.--Ziri-ben-Menad.--La grande tribu des Sanhadja, qui occupait la majeure partie du Tell du Mag'reb central, n'a, jusqu'à présent, joué aucun rôle actif dans l'histoire. Son territoire confrontait à l'est aux Ketama, au nord aux Zouaoua du Djerdjera, et s'étendait à l'ouest jusque vers le méridien de Ténès; il renfermait des localités importantes telles que Hamza, Djezaïr-beni-Mez'ranna (Alger), Médéa et Miliana. La race des Sanhadja constituait une des plus anciennes souches berbères. La tribu des Telkata [532] avait la prééminence sur les autres. Les Mag'raoua, qui confrontaient au sud et à l'ouest aux Sanhadja, étaient en luttes constantes avec eux.

Vers le commencement du xe siècle, vivait chez les Sanhadja un certain Menad, sorte de marabout dont la famille était venue quelque temps auparavant s'établir dans la tribu et y avait fondé une mosquée. Il avait un fils nommé Ziri, dont les auteurs disent: «...Qu'on n'avait jamais vu un si bel enfant.....à l'âge de dix ans, il paraissait en avoir vingt pour la force et la vigueur [533]». Ses instincts belliqueux s'étaient révélés de bonne heure; aussi, dès qu'il eut atteint l'âge d'homme, il rassembla une bande de jeunes gens déterminés et alla faire des expéditions et des razias chez les Mag'raoua. Son audace et son courage, que le succès favorisa, lui procurèrent bientôt une grande influence parmi les Sanhadja. Il put alors exécuter une razia très fructueuse sur les Mar'ila, établis dans le bas Chelif, non loin de Mazouna. Retranché dans la montagne de Titeri, au sud de Médéa, il y emmagasina son butin et y logea ses chevaux. Malgré l'opposition de quelques rivaux, il ne tarda pas à devenir le chef incontesté des Sanhadja. Ayant envoyé sa soumission à El-Kaïm, il reçut de ce prince l'investiture du commandement de sa tribu.