A la nouvelle de ce désastre, Bologguine accourut pour venger son père et préserver ses provinces. Il atteignit bientôt les Zenètes et leur infligea une entière défaite. Il reçut alors du khalife le diplôme d'investiture, en remplacement de son père, et l'ordre de continuer la campagne si bien commencée. A la tête d'une armée composée de guerriers choisis, Bologguine se porta d'abord dans le Zab, pour en expulser les partisans d'Ibn-Hamdoun, et s'avança jusqu'à Tobna et Biskra; puis, reprenant la direction de l'ouest, il chassa devant lui tous les Zenètes dissidents. Après un séjour à Tiharet, il se lança résolument dans le désert, où El-Kheïr et ses Zenètes avaient cherché un refuge, et les poursuivit jusqu'auprès de Sidjilmassa. Les ayant atteints, il les mit de nouveau en déroute; El-Kheïr, fait prisonnier, fut mis à mort.
Quant à Djâfer, il alla demander un asile en Espagne, auprès d'El-Hakem.
Traversant alors le Mag'reb extrême, Bologguine revint vers le Rif, où les Edrisides s'étaient de nouveau déclarés les champions de la cause oméïade. El-Hacen-ben-Kennoun dut, encore une fois, changer de drapeau et jurer fidélité au khalife fatemide. Après cette courte et brillante campagne, dans laquelle les Mag'raoua et Beni-Ifrene avaient été en partie dispersés, au point qu'un certain nombre d'entre eux étaient allés chercher un refuge en Espagne, Bologguine se disposa à revenir vers l'est; auparavant, il défendit aux Berbères du Mag'reb de se livrer à l'élève des chevaux, et, pour compléter l'effet de cette mesure, ramena avec lui toutes les montures qu'on put saisir [576].
En passant à Tlemcen, il déporta une partie de la population de cette ville et la fit conduire à Achir [577].
[Note 576: ][ (retour) ] El-Kaïrouani, p. 127.
[Note 577: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. II, p. 8, 150, 548, t. III, p. 234, 235, 255. Kartas, p. 125. El-Bekri, Idricides, passim.
El-Moezz se prépare à quitter l'Ifrikiya.--Pendant que la cause fatemide obtenait ces succès en Mag'reb, ses armées, habilement conduites, achevaient de détruire en Syrie la résistance des derniers partisans de la dynastie ikhchidite. Le fils de Djouher conduisit lui-même à Kaïrouan les membres de cette famille faits prisonniers. Le khalife les reçut avec une grande pompe, couronne en tête, et leur rendit la liberté.
Mais les Fatemides trouvèrent bientôt devant eux, en Syrie, des adversaires autrement redoutables; les Karmates, sous le commandement d'El-Hassan-ben-Ahmed, avaient conquis une partie de ce pays et s'avançaient menaçants. Le général ketamien Djâfer-ben-Felah, envoyé contre eux, fut entièrement défait et perdit la vie dans la rencontre. Damas tomba aux mains des Karmates, qui marchèrent ensuite contre l'Egypte.
Les brillantes victoires remportées par les Fatemides risquaient d'être annihilées, comme effet, si une main puissante ne venait prendre le commandement dans la nouvelle conquête. Djouher pressait depuis longtemps le khalife de transporter en Egypte le siège de l'empire; mais El-Moëzz, au moment de réaliser le rêve de sa famille, hésitait à quitter cette Ifrikiya, berceau de la puissance fondée par le mehdi. En présence des complications survenues en Syrie Djouher redoubla d'instances, et comme, en même temps, arriva à Kaïrouan la nouvelle de la pacification du Mag'reb par Bologguine, El-Moëzz se décida à partir pour l'Orient. Il établit son camp à Sardenia, entre Kaïrouan et Djeloula, y réunit les troupes qu'il devait emmener, et s'occupa de prendre toutes les dispositions nécessaires en vue de l'abandon définitif du pays.
La grande difficulté était de pouvoir laisser l'Ifrikiya dans des mains sûres. Afin de ne pas donner trop de puissance à son représentant, il divisa le pouvoir entre plusieurs fonctionnaires. Le Ketamien Abd-Allah-ben-Ikhelef fut nommé gouverneur de la province de Tripoli. En Sicile, la famille des Ben-el-Kelbi avait conservé le commandement; El-Moëzz craignit que l'influence énorme dont elle jouissait la poussât à se déclarer indépendante. Il rappela de l'île le gouverneur Abmed-ben-el-Kelbi, et chargea un affranchi, du nom de Iaïch, de la direction des affaires. Mais, à peine celui-ci était-il arrivé, que la révolte éclatait et que le prince s'empressait d'envoyer dans l'île, comme gouverneur, Bel-Kassem-el-Kelbi. Quant au poste quasi-royal de gouverneur de l'Ifrikiya et du Mag'reb résidant à Kaïrouan, le khalife le réserva à Bologguine, fils de Ziri, dont l'intelligence et le dévouement lui étaient connus. La perception de l'impôt fut confiée à deux fonctionnaires, sous les ordres directs du khalife; le cadi et quelques chefs de la milice furent également réservés à sa nomination; enfin, un conseil de grands officiers fut chargé d'assister Bologguine [578].