Après avoir tracé, à son camp de Fostat, le plan d'une vaste citadelle qu'il appela El-Kahera (la Triomphante) [572], Djouher jugea indispensable d'agir en Syrie, où les partisans de la dynastie déchue s'étaient réunis en forces assez considérables. Il y envoya un de ses généraux, le ketamien Djafer-ben-Falah, avec une partie de l'armée. Ramla, puis Damas tombèrent au pouvoir de l'armée fatemide (novembre-décembre 969).
[Note 572: ][ (retour) ] C'est de ce nom qu'on a fait Le Caire.
Djouher s'était présenté en Egypte comme un pacificateur: Il continua ce rôle après la victoire, rétablit la marche régulière de l'administration, en plaçant partout des fonctionnaires pris parmi les Ketama et Sanhadja, et s'appliqua surtout à ne pas froisser les convictions religieuses et à maintenir les usages qui n'étaient pas contraires à la Sonna et au Koran. Il jeta, dit-on, les fondations de la fameuse mosquée El-Azhar [573].
[Note 573: ][ (retour) ] Amari, Musulmans de Sicile, t. II, p. 284 et suiv.
Révoltes en Afrique. Ziri-ben-Menad écrase les Zenètes.--Dans le Mag'reb, la cause fatemide était loin d'obtenir d'aussi brillants succès. Aussitôt après le départ de Djouher, le feu de la révolte y avait de nouveau éclaté. La rivalité qui existait entre les Mag'raoua, commandés par Mohammed-ben-el-Kheïr, petit-fils d'Ibn-Khazer, et Ziri-ben-Menad, avait été habilement exploitée par le khalife El-Hakem. Les agents oméïades avaient également réussi à exciter Djâfer-ben-Hamdoun contre Ziri, en lui faisant remarquer combien il était humiliant pour lui de voir les faveurs du souverain fatemide être toutes pour le chef des Sanhadja. Bientôt la révolte éclatait sur un autre point et, tandis que Djouher partait pour l'Egypte, un certain Abou-Djâfer se jetait dans l'Aourès, en appelant à lui les mécontents et en ralliant les débris des Nekkariens. El-Moëzz, en personne, marcha contre le rebelle, mais, à son approche, les Nekkariens se débandèrent, et Abou-Djâfer n'eut d'autre salut que dans la fuite. Le khalife, qui s'était avancé jusqu'à Bar'aï, chargea Bologguine, fils de Ziri, de poursuivre les révoltés et rentra dans sa capitale. Peu après, Abou-Djâfer faisait sa soumission.
La rivalité entre les Sanhadja et les Mag'raoua s'était transformée en un état d'hostilité permanente. Sur ces entrefaites, Mohammed-ben-el-Kheïr, chef de ces derniers, contracta alliance avec les autres tribus zenètes, toutes dévouées aux Oméïades, et leva l'étendard de la révolte.
Les partisans avérés des Fatemides furent massacrés et on proclama, dans tout le Mag'reb, l'autorité d'El-Hakem. Tandis que les Mag'raoua et Zenata se préparaient à prendre l'offensive, Ziri-ben-Menad fondit sur eux à l'improviste à la tête de ses meilleurs guerriers sanhadja. Sou fils Bologguine commandait l'avànt-garde. Le premier moment de surprise passé, les Zenètes confédérés essayèrent de reformer leurs lignes, et un combat acharné s'engagea. Enfin les Beni-Ifrene lâchèrent pied en abandonnant les Mag'raoua. Ceux-ci, enflammés par l'exemple de leur chef, se firent tuer jusqu'au dernier. Mohammed-ben-el-Kheïr, après avoir vu tomber tous ses guerriers, se perça lui-même de son épée. Les pertes des Zenètes, et surtout des Mag'raoua, furent considérables. On expédia à Kaïrouan les têtes des principaux chefs (970). Le résultat de cette victoire fut de rétablir, pour un instant, l'autorité fatemide dans le Mag'reb [574].
[Note 574: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, Berbères, t. II, p. 7, 149, 549, t. III, p. 234 et suiv. El-Kaïrouani, p. 125. El-Bekri, passim.
Mort de Ziri-ben-Menad. Succès de son fils Bologguine dans le Mag'reb.--El-Moëzz n'était pas sans inquiétude sur les intentions de Djâfer-ben-Hamdoun, dont la jalousie venait d'être excitée par les derniers succès de Ziri. Il le manda amicalement à sa cour; mais le gouverneur de Mecila, craignant quelque piège, leva le masque et alla rejoindre les Zenètes, qui avaient été ralliés par El-Kheïr, fils de Mohammed-ben-Khazer [575], brûlant du désir de tirer vengeance de la mort de son père. Bientôt ces deux chefs envahirent le pays des Sanhadja, à la tête d'une armée considérable. Ziri-ben-Menad, pris à son tour au dépourvu et séparé de son fils Bologguine, rassembla à la hâte ses guerriers et marcha contre l'ennemi avec sa bravoure habituelle. Cette fois la victoire se déclara contre lui. Après un engagement sanglant, les Sanhadja commencèrent à prendre la fuite. En vain Ziri tenta de les rallier: son cheval s'étant abattu, il fut aussitôt percé de coups par ses adversaires, qui se précipitèrent sur son corps et le décapitèrent (juillet 971). Yahïa, frère de Djâfer-ben-Hamdoun, fut chargé de porter à Cordoue la tête de Ziri. On l'exposa sur le marché de la ville.
[Note 575: ][ (retour) ] Nous suivons ici l'usage indigène consistant à donner le nom de l'aïeul, devenu patronymique, en supprimant celui du père.