[Note 569: ][ (retour) ] El-Bekri, passim. Ibn-Khaldoun, t. I, p. 265, t. II, p. 544, 569. Kartas, p. 125, 126.
État de l'Orient. El-Moezz prépare son expédition.--Les souverains de la dynastie fatemide, suivant l'exemple donné par son fondateur, n'avaient cessé d'avoir les yeux tournés vers l'Orient; C'est sur l'Arabie qu'ils devaient régner, et il avait fallu des motifs aussi graves que la révolte d'Abou-Yezid et la nécessité de défendre le Mag'reb contre les entreprises des Oméïades, pour faire ajourner ces projets. El-Moëzz les avait à cœur, au moins autant que ses devanciers, et il faut reconnaître que, depuis longtemps, le moment d'agir n'avait paru aussi favorable.
L'empereur d'Orient, dégoûté par l'insuccès de ses tentatives en Sicile et en Italie, menacé dans la péninsule par Othon de Saxe et occupé, du reste, par ses conquêtes en Asie, tendait à se rapprocher d'El-Moëzz, et même à s'unir avec lui dans un intérêt commun. Le khalife abbasside, ayant perdu presque toutes ses provinces, était réduit à la possession de Bagdad et d'un faible rayon alentour. Les Bouïdes tenaient la Perse: les Byzantins étaient maîtres de l'Asie Mineure. Enfin, les Karmates, ces terribles sectaires [570] qui avaient ravagé la Mekke parcouraient les provinces de l'Arabie et commençaient à en déborder. La Syrie et l'Egypte obéissaient aux Ikhchidites.
[Note 570: ][ (retour) ] Les Karmates admettaient l'usage du vin, réduisaient les jours de jeûne à deux par an, prescrivaient cinquante prières par jour au lieu de cinq, et enfin avaient modifié à leur guise presque toutes les prescriptions de la religion musulmane.
Rapprochés par un intérêt commun, El-Moëzz et Phocas conclurent, en 967, une paix qu'ils estimaient devoir être avantageuse pour chacun d'eux. Le khalife fatemide intima alors à l'émir de Sicile l'ordre de cesser toute hostilité et d'appliquer ses soins à la colonisation et à l'administration de l'île.
Libre de ce côté, l'empereur envoya toutes ses troupes en Asie. Il enleva aux Ikhchidites les places du nord de la Syrie, tandis que les Karmates envahissaient cette province par le midi. Sur ces entrefaites, Ikhchid vint à mourir (968), en laissant comme successeur un enfant de onze ans, sous la tutelle de l'affranchi Kafour. La révolte, cette compagne des défaites, éclatait partout. Les événements, on le voit, favorisaient à souhait les projets d'El-Moëzz.
Le khalife, voulant à tout prix éviter les échecs que ses aïeux avaient éprouvés dans l'est, résolut de ne se mettre en route qu'après avoir assuré, par ses précautions, la réussite de l'entreprise. Par son ordre, des puits furent creusés et des approvisionnements amassés sur le trajet que devait suivre l'armée. En même temps, comme il voulait assurer ses derrières, Djouher fut envoyé avec une armée dans le Mag'reb. En outre des intrigues oméïades dont nous avons parlé, et qu'il fallait réduire à néant, le général fatemide avait pour mission de rétablir la paix entre les Sanhadja et les Mag'raoua, toujours rivaux. Mohammed-ben-Khazer était mort depuis quelques années, et le système des razias avait recommencé. Djouher passa, dit-on, deux ans dans le Mag'reb et ne revint en Ifrikiya qu'après avoir tout rétabli dans l'ordre, fait rentrer les impôts et recruté une nombreuse et solide armée [571] (968).
[Note 571: ][ (retour) ] Amari, Musulmans de Sicile, t. II, p. 274 et suiv. Ibn-Khaldoun, Berbères, t. II, p. 344 et suiv., t. III, p. 233 et suiv., El-Kaïrouani, p. 107 et suiv.
Conquête de l'Egypte par Djouuer.--Au moment où tout était prêt pour le départ, un événement imprévu vint encore favoriser les projets d'El-Moezz. Kafour, qui, en réalité, gouvernait depuis deux ans l'empire ikhchidite, mourut (968), et le pays demeura en proie aux factions et à l'anarchie. De pressants appels furent adressés d'Egypte au khalife. Au commencement de février 969, l'immense armée, qui ne comptait, dit-on, pas moins de cent mille cavaliers, partit pour l'Orient sous le commandement de Djouher. Le khalife, entouré de sa maison et de ses principaux officiers, vint à Rakkada faire ses adieux à l'armée et à son brave chef.
Parvenu sans encombre en Egypte, Djouher reçut, auprès d'Alexandrie, une députation de notables venus du vieux Caire pour lui offrir la soumission de la ville. Les troupes restées fidèles se trouvaient alors en Syrie (juin 967). Mais, après le départ des envoyés, un mouvement populaire s'était produit au Caire et chacun se prétendait prêt à combattre. Djouher reprit donc sa marche et, ayant rencontré l'ennemi en avant de la capitale, il le culbuta sans peine et fit son entrée au Caire le 6 juillet 969. La souveraineté des fatemides fut alors proclamée dans toute l'Egypte, en même temps que la déchéance des Ikhchidites. Ce fut en très peu de temps, et pour ainsi dire sans combattre, que le descendant du mehdi devint maître de ce beau royaume, depuis si longtemps convoité, et pour lequel ses ancêtres avaient fait tant d'efforts stériles.