[Note 567: ][ (retour) ] Ibid., p. 95. El-Marrakchi (éd. Dozy), p. 28 et suiv.

Succès des Musulmans, en Sicile et en Italie.--En Sicile, le gouverneur kelbite avait entrepris d'arracher aux chrétiens les places qu'ils tenaient, encore. Vers la fin de 962, son fils Ahmed se rendit maître de Taormina, qui avait opposé une héroïque résistance de six mois. Un grand nombre de captifs furent envoyés en Afrique et la ville reçut le nom d'El-Moëzzïa en l'honneur du khalife. Dans toute l'île, la seule place de Rametta restait aux chrétiens. En 963, Hassan-ben-Ammar vint l'assiéger et la pressa en vain, pendant de longs mois. Sur le point de succomber, les chrétiens purent faire parvenir un appel désespéré à Byzance.

De graves événements venaient de se produire dans la métropole chrétienne de l'Orient. L'empereur Romain II, faible souverain, qui ne régnait que de nom, était mort, le 15 mars 963, et avait été remplacé par deux enfants en bas âge, sous la tutelle de leur mère et d'un eunuque. Quelques mois après, le général Nicéphore Phocas, qui avait acquis un grand renom par la conquête de l'île de Crète (en mai 961), et qui disposait de l'armée, s'empara du pouvoir.

Le nouvel empereur répondit à l'appel des Siciliens en leur envoyant une armée de 40,000 hommes, tous vétérans de la campagne de Crète, sous le commandement de Nicétas et de son neveu Manuel Phocas. De son côté, El-Moëzz renvoya Hassan en Sicile avec des renforts berbères (septembre-octobre 964). La flotte byzantine ayant occupé Messine, l'armée s'y retrancha, et de cette base les généraux rayonnèrent dans l'intérieur. Manuel Phocas alla lui-même au secours de Rametta et livra, près de cette ville, une grande bataille aux Musulmans (24 octobre). L'action fut longtemps indécise, mais la victoire se décida enfin pour ces derniers. Manuel Phocas et dix mille de ses guerriers y trouvèrent la mort. Le butin fait dans cette journée fut considérable. Hassan mourut dans le mois de novembre suivant.

Rametta continua à se défendre avec héroïsme pendant une année entière. Enfin, en novembre 955, les assiégés, réduits à la dernière extrémité, ne purent empêcher les Musulmans de pénétrer par la brèche. Les hommes furent massacrés, les femmes et les enfants réduits en esclavage, et la ville pillée. Vers le même temps, Ahmed atteignait la flotte byzantine à Reggio, l'incendiait et faisait prisonnier l'amiral Nicétas et un grand nombre de personnages de marque qui furent envoyés à El-Mehdïa.

Ahmed attaqua ensuite les villes grecques de la Calabre, les soumit au tribut et les contraignit à signer une trêve [568].

[Note 568: ][ (retour) ] Amari, Musulmans de Sicile, t. II, p. 259 et suiv.

Progrès de l'influence oméiade en Mag'reb.--Pendant que le khalife fatemide était absorbé par la guerre de Sicile et d'Italie, le Mag'reb, à peine reconquis, demeurait livré à lui-même, et les Oméïades cherchaient par tous les moyens à y reprendre de l'influence. Les généraux Kaïcer et Modaffer, qui, nous l'avons vu, avaient été laissés comme représentants du khalife dans ces régions, prêtèrent-ils l'oreille aux émissaires d'Espagne, ou furent-ils victimes de calomnies? Nous l'ignorons. Toujours est-il qu'El-Moëzz les fit mettre à mort comme traîtres (961).

Peu après, Sidjilmassa répudiait encore une fois la suprématie fatemide et ouvrait ses portes à un fils d'Ech-Chaker, qui se faisait reconnaître sous le nom d'El-Mostancer-l'Illah. Ainsi la dynastie des Beni-Ouaçoul reprenait le commandement des régions du sud. En 964, le nouveau souverain était mis à mort par son frère Abou-Mohammed. Ce prince, qui s'était donné le titre d'El-Moâtezz-l'Illah, proclama de nouveau l'autorité oméïade, dans le sud du Mag'reb, et la fit reconnaître par les tribus du haut Moulouïa.

Dans le Rif, les Edrisides étaient comblés de cadeaux par le souverain d'Espagne, qui ne négligeait rien pour les rattacher à sa cause. En même temps, El-Hakem faisait réparer et compléter les fortifications de Ceuta, où il entretenait une forte garnison [569].