A son arrivée à Kaïrouan, le général fatemide fit une entrée triomphale et reçut les plus grands honneurs. Il traînait à sa suite, enfermés dans des cages de fer, Mohammed-ben-Ouaçoul, le souverain détrôné Sidjilmassa et Ahmed-ben-Beker, l'ancien gouverneur de Fès (959) [564].

[Note 564: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, Berbères, t. I, p. 265, t. II, p. 8, 543, 555, t. III, p. 233 et suiv. Le Kartas, p. 121, 122. El-Bekri, passim. El-Kaïrouani, p. 106, 107.

Guerre d'Italie et de Sicile.--Pendant que l'autorité fatemide obtenait en Mag'reb ces succès inespérés, la guerre avait recommencé en Italie entre les Byzantins et les Arabes. L'empereur Constantin ayant rompu la trêve en 956, avait envoyé, contre les Musulmans d'Italie, des troupes thraces et macédoniennes. Le patrice Argirius était alors venu mettre le siège devant Naples, pour punir cette ville de son alliance avec les infidèles. Ammar, frère de Hassan, opéra une diversion en Calabre.

Mais, l'année suivante, Reggio est surpris par un capitaine byzantin nommé Basile, la colonie anéantie et la mosquée détruite. De là, Basile va attaquer Mazara en Sicile et défait Hassan qui était accouru avec ses troupes, puis il se retire.

En 958, Hassan, ayant rejoint Ammar en Calabre, alla, avec toutes ses forces navales, attaquer à Otrante la flotte byzantine. Un coup de vent favorisa la fuite des navires impériaux et poussa ceux des Musulmans sur les côtes de Sicile, où plusieurs firent naufrage. En 960, une trêve fut conclue avec l'empire et dura jusqu'à l'élévation de Nicéphore Phocas [565].

[Note 565: ][ (retour) ] Amari, Musulmans de Sicile, t. II, p. 250 et suiv.

Événements d'Espagne. Mort d'Abd-er-Rahman III (en Nacer). Son fils El-Hakem II lui succède.--En Espagne le roi Sancho avait été détrôné et remplacé par Ordoño IV, qui devait être surnommé le Mauvais (958). La grand-mère de Sancho, Tota, reine de Navarre, se rendit elle-même à Cordoue, pour déterminer le khalife oméïade à rétablir son fils sur le trône. En-Nacer accepta, à la condition que dix forteresses lui fussent livrées, et bientôt l'armée musulmane marcha contre le royaume de Léon. Au mois d'avril 859, Sancho était maître de la plus grande partie de son royaume; l'année suivante, le comte Ferdinand tombait aux mains des Navarrais; la révolte était vaincue et Ordoño IV cherchait un refuge à Burgos.

Les avantages obtenus dans le nord étaient pour le khalife une bien faible compensation de ses pertes en Afrique. Il avait vu en quelques mois disparaître les résultats de longues années d'efforts persévérants. Dominé par le chagrin qu'il en ressentit, affaibli par l'âge, Abd-er-Rahman-en-Nacer tomba malade et rendit le dernier soupir le 16 octobre 961, à l'âge de soixante-dix ans. Ce prince avait régné pendant quarante-neuf ans et, sauf en Mag'reb, la fortune lui avait presque toujours été favorable. Après avoir pris un pouvoir disputé, un royaume réduit presque à rien, il laissait l'empire musulman d'Espagne dans l'état le plus florissant, le trésor rempli, les frontières respectées. Cordoue, sa brillante capitale, avait alors un demi-million d'habitants, trois mille mosquées, de superbes palais, cent treize mille maisons, trois cents maisons de bain, vingt-huit faubourgs [566].

El-Hakem II, fils d'Abd-er-Rahman, lui succéda. Aussitôt, le roi de Léon, qui était humilié de la protection des Musulmans, commença à relever la tête et il fut facile de prévoir que la paix ne serait plus de longue durée [567].

[Note 566: ][ (retour) ] Dozy, Musulmans d'Espagne, t. III, p. 91, 92.