Dans le cours de la même année, El-Moëzz appela à Kaïrouan le chef des Sanhadja, et renouvela avec lui les traités d'alliance qui le liaient à son père. De grandes réjouissances furent données en l'honneur de ce chef qui rentra, comblé de présents, dans son pays, avec l'ordre de se tenir prêt à accompagner et soutenir les troupes qui seraient envoyées dans le Mag'reb.

Rupture entre les Oméiades et les Fatemides.--En 955, le khalife oméïade, ayant conclu une trêve avec Ordoño III, fils et successeur de Ramire, et une autre avec Gonzalez, pour la Castille, se décida à intervenir plus activement en Afrique et commença les hostilités contre la dynastie fatemide, en faisant, sans aucun autre préambule, saisir un courrier allant de Sicile en Ifrikiya. Comme représailles, El-Moëzz donna à El-Hacen-le-Kelbi, gouverneur de Sicile, l'ordre de tenter, avec la flotte, une descente en Espagne. Ce chef, ayant pu aborder auprès d'Alméria, porta le ravage dans la contrée et rentra chargé de butin.

Pour tirer, à son tour, vengeance de cet affront, En-Nacer lança, peu après, sa flotte, commandée par son affranchi R'aleb, contre l'Ifrikya. Mais, des mauvais temps et l'inhospitalité des côtes africaines ne lui ayant pas permis de débarquer, il dut rentrer dans les ports d'Espagne. L'année suivante, il revint, avec une flotte de soixante-dix navires, opéra son débarquement à Merça-El-Kharez (La Calle), et, de ce point, alla ravager le pays jusqu'aux environs de Tabarka. Cela fait, il rentra en Espagne.

Mais ces escarmouches n'étaient que des préludes d'action: plus sérieuses. Le khalife En-Nacer voulait attaquer l'empire fatemide au cœur de sa puissance et préparait une grande expédition, lorsqu'il apprit la mort d'Ordoño III (957) et son remplacement par son frère Sancho, dont le premier acte avait été la rupture du traité conclu avec les Oméïades. Forcé de voler au secours de la frontière septentrionale, En-Nacer dut ajourner ses projets sur l'Afrique [563].

[Note 563: ][ (retour) ] Dozy, Musulmans d'Espagne, t. III, p. 73 et suiv. Amari. Musulmans de Sicile, t. II, p. 249. Ibn-Khaldoun, t. II, p. 542.

Campagne de Djouher dans le Mag'reb; il soumet ce pays à l'autorité fatemide.--El-Moëzz jugea alors le moment opportun pour réaliser l'expédition en Mag'reb qu'il méditait depuis longtemps. Ayant donc réuni une armée imposante, il en confia le commandement à son secrétaire (kateb), l'affranchi chrétien Djouher dont la renommée, comme général, n'était pas à faire. En 958, Djouher partit à la tête des troupes. Parvenu à Mecila, il y prit un contingent commandé par Djâfer, fils de Ali-ben-Hamdoun, et fut rejoint par Ziri-ben-Menad, amenant ses guerriers. Mohanimed-ben-Khazer se joignit également à la colonne, avec quelques Mag'raoua.

C'est à la tête de ces forces considérables que Djouher pénétra dans le Mag'reb. Yâla s'avança à sa rencontre avec les Beni-Ifrene et il est possible, comme le dit Ibn-Khaldoun, que les deux chefs entrèrent en pourparlers et qu'Ibn-Khazer essaya encore de se sauver par une soumission plus ou moins sincère. Selon la version du Kartas, il y eut de sanglants combats livrés auprès de Tiharet. Quoi qu'il en soit, Yâla fut tué par les Ketama et Sanhadja, qui voulaient gagner la prime promise par le général fatemide. Sa tête fut expédiée au khalife en Ifrikiya.

Djouher s'attacha ensuite à poursuivre les Beni-Ifrene; il écrasa leur puissance et dévasta Ifgane leur capitale. De là, il marcha sur Fès où commandait Ahmed-ben-Beker el-Djodami, pour les Oméïades. Il dut entreprendre le siège de cette ville qui était bien fortifiée et pourvue d'un grand nombre de défenseurs. Après quelques efforts, voyant que les assiégés tenaient avec avantage, il se décida à décamper et à marcher sur Sidjilmassa, où le prince Mohammed-Chaker-l'-Illah s'était déclaré indépendant, sous la suprématie abasside et avait frappé des monnaies à son nom. Ce roitelet lui ayant été livré, Djouher le chargea de chaînes; puis, après avoir rétabli dans ces contrées lointaines l'autorité fatemide, il conduisit son armée vers l'ouest et s'avança jusqu'à l'Océan, en soumettant sur son passage les populations sahariennes. On dit que, des bords de l'Océan, il envoya à son maître des plantes marines et des poissons de mer dans des urnes.

De là, Djouher revint devant Fès et, à force de persévérance et de courage, réussit à enlever d'assaut cette ville, où Ziri-ben-Menad pénétra un des premiers par la brèche. Ahmed-ben-Beker fut fait prisonnier et la ville livrée au pillage. Après y avoir passé quelques jours, Djouher y laissa un gouverneur, et partit pour le Rif afin de soumettre les Edrisides. Abou-l'Aïch-el-Fadel était mort et c'était El-Hassan-ben-Kennoun qui l'avait remplacé. Pour conjurer le danger, ce prince se réfugia dans le château de Hadjar-en-Necer et, de là, envoya sa soumission au général fatemide, en protestant que l'alliance de sa famille avec les Oméïades avait été une nécessité de circonstance. Djouher accepta cette soumission et confirma Hassan dans son commandement du Rif et du pays des R'omara, en lui assignant comme capitale la ville de Basra.

Après avoir soumis toute cette partie du Mag'reb et expulsé, ou réduit au silence, les partisans des Oméïades, Djouher laissa, comme représentant de son maître dans cette région, les affranchis Kaïcer et Modaffer, puis il reprit la route de l'est. En passant à Tiharet, il donna cette ville comme limite de ses états à Ziri-ben-Menad, en récompense de sa fidélité.