Le chef de la famille edricide, Kacem-Kennoun, étant mort en 949, avait été remplacé par son fils Abou-l'Aïch-Ahmed, surnommé El-Fâdel (l'homme de mérite). Ce prince, qui entretenait des relations avec la cour oméïade, s'empressa de faire hommage de vassalité à En-Nacer et de rompre avec les fatemides. Les autres branches de la famille edricide envoyèrent également des députations au souverain de l'Espagne musulmane, et ainsi toute la région septentrionale du Mag'reb extrême se trouva placée sous sa suzeraineté. Mais il ne suffisait pas à En-Nacer que l'on y prononçât la prière en son nom; il lui fallait des gages plus sérieux et il demanda bientôt à l'imprudent El-Fâdel de lui céder les places de Tanger et de Ceuta [560].
Dans le Mag'reb central, Yâla-ben-Mohammed, chef des Beni-Ifrene, et Mohammed-ben-Khazer, émir des Mag'raoua, avaient été complètement détachés, par les agents d'En-Nacer, de la cause fatemide, et avaient reçu l'investiture du gouvernement oméïade. Ils s'étaient alors partagé le pays: Ibn-Khazer avait eu pour son lot la région orientale; il était venu s'installer à Tiharet, et, sur cette frontière, s'était rencontré avec les Sanhadja, ennemis héréditaires des Mag'raoua. Aussi, les luttes n'avaient pas tardé à recommencer entre ces deux tribus. Quant à Yâla, il avait conservé la région de l'ouest et étendu sa suprématie sur les populations du nord jusqu'à Oran; pour se créer un refuge et un point d'appui, il se construisit, dans les hauts plateaux, à une journée à l'ouest de Maskara, une capitale qui reçut le nom d'Ifgane; les villes environnantes en fournirent les premiers habitants [561].
[Note 560: ][ (retour) ] Kartas, p. 117, 118. Ibn-Khaldoun, t. II, p. 147, 569. El-Bekri, Idricides.
[Note 561: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, Berbères, t. II, p. 148, t. III, p. 213, t. IV, p. 2. El-Bekri, passim.
Ainsi, les deux Mag'reb reconnaissaient la suprématie oméïade. Fès, même, avait reçu un gouverneur envoyé au nom du khalife.
Seule, l'oasis de Sidjilmassa, où régnait un descendant de la famille miknacienne des Beni-Ouaçoul, nommé Mohammed-ben-el-Fetah, refusa de suivre l'exemple du reste du pays. Ce prince répudia même les doctrines Kharedjites et se déclara indépendant en prenant le nom d'Ech-Chaker-l'Illah (le reconnaissant envers Dieu) [562].
[Note 562: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, Berbères, t. I, p. 264.
La grande tribu des Miknaça, qui avait toujours à sa tête des descendants de Ben-Abou-l'Afia, était restée fidèle à la cause oméïade, malgré les revers qu'elle avait éprouvés.
Les Mag'raoua appellent à leur aide le khalife fatemide.--Nous avons vu qu'En-Nacer avait réclamé aux Edricides la possession de Tanger et de Ceuta, les clefs du détroit. Ayant essuyé un refus, il profita des dissensions survenues parmi les membres de cette famille pour intervenir en Mag'reb. Un corps d'armée envoyé dans le Rif, sous le commandement de cet Homéïd qui avait été précédemment expulsé de Tiharet par les Fatemides, remporta de grandes victoires, s'empara de Tanger et força El-Fâdel à la soumission (951). Chassé de Hadjar-en-Necer, il ne resta à celui-ci que la ville d'Azila sur le littoral.
Homeïd reçut ensuite le commandement de Tlemcen et le khalife omeïade envoya à Yâla, chef des Beni-Ifrene, de nouveaux témoignages de son amitié. Il n'en fallut pas davantage pour exciter la jalousie d'Ibn-Khazer, auquel le gouvernement fatemide venait de donner un gage en faisant mettre à mort ce Mâbed qui avait soutenu autrefois tes fils d'Abou-Yezid, et qui visait ouvertement à l'usurpation de l'autorité sur les Mag'raoua. Bientôt Yala poussa l'audace jusqu'à venir enlever Tiharet aux Mag'raoua, puis Oran, à Ben-Abou-Aoun. Mohammed-ben-Khazer, rompant alors d'une manière définitive avec les Oméïades, alla, de sa personne, en Ifrikiya porter ses doléances. Le khalife El-Moëzz le reçut avec les plus grands honneurs, accepta son hommage de vassalité et se fit donner par lui les renseignement les plus précis sur l'état du Mag'reb (954).