Un des premiers soins d'El-Mansour fut de placer à la tête de l'île un de ses plus fidèles soutiens, dont la famille s'était distinguée en Mag'reb et en Espagne, l'arabe kelbite Hassan-ben-Ali. Il lui conféra le titre d'Ouali (gouverneur), qui devint ensuite héréditaire dans sa famille (948). Hassan trouva Palerme en état de révolte, mais il parvint à y pénétrer par ruse, et, s'étant saisi des Tabari, les fit mettre à mort.
Hassan entreprit alors de châtier les chrétiens qui avaient secoué le joug. Sur ces entrefaites, Constantin Porphyrogénète, qui occupait le trône de l'empire, las de payer un tribut aux Musulmans, envoya des troupes en Calabre pour reconquérir l'indépendance. Hassan, de son côté, ayant reçu des renforts d'El-Mansour, alla attaquer Reggio avec une armée nombreuse (950), puis mettre le siège devant Gerace. Les Grecs étant arrivés, l'ouali les battit et les força de se réfugier à Otrante et à Bari; puis il rentra à Palerme. Deux ans plus tard, Hassan passa de nouveau en Italie, où des troupes nombreuses avaient été amenées, et y remporta de grandes victoires. Les têtes des vaincus furent expédiées dans les villes de Sicile et d'Afrique (mai 852).
Dans l'été de la même année, l'ouali de Sicile signa avec l'envoyé de l'empereur une trèvi reconnaissant aux Musulmans le droit de percevoir le tribut. Hassan établit une mosquée à Reggio [557].
[Note 557: ][ (retour) ] Amari, Musulmans de Sicile, t. II, p. 203-248. Ibn-Khaldoun, t. II, p. 540-541.
Mort d'El-Mansour. Avènement d'El-Moezz.--Le khalife avait transporté sa demeure à Sabra, vaste château situé près de Kaïrouan, qu'on appelait El Mansouria, du nom de son fondateur. De là, il dirigeait la guerre d'Italie et suivait les événements de Mag'reb, où l'influence fatemide avait entièrement cessé pour faire place à la suprématie oméïade.
Au commencement de l'année 953, El-Mansour tomba malade, à la suite d'une partie de plaisir où il avait pris un refroidissement. Dans le mois de mars [558], il rendait le dernier soupir. Il n'était âgé que de trente-neuf ans, sur lesquels il en avait régné sept.
Son fils Maâd (Abou-Temim), qui avait été désigné par lui comme héritier présomptif parmi ses dix enfants, lui succéda et prit le nom d'El-Moëzz li dine Allah (celui qui exalte la religion de Dieu). C'était un jeune homme de vingt-deux ans, doué d'un esprit mûr et ferme. Le 25 avril, il reçut le serment de ses officiers, et s'appliqua immédiatement à la direction des affaires de l'état. Il alla ensuite faire une tournée dans ses provinces, afin de s'assurer de la fidélité de ses gouverneurs et de l'état de défense des frontières [559].
[Note 558: ][ (retour) ] Le 27 janvier, selon Ibn-Khaldoun, en désaccord sur ce point avec tous les autres auteurs.
[Note 559: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, Berbères, t. II, p. 142.
Les deux Mag'reb reconnaissent la suprématie oméïade.--De graves événements s'étaient accomplis en Mag'reb, ainsi que nous l'avons dit.