En Espagne, Abd-er-Rahman-en-Nacer avait obtenu, dans le nord, de non moins grands succès, en profitant de la discorde qui paralysait les forces des chrétiens; Castille et Léon étaient en guerre. Les Castillans, sous le commandement de Ferdinand Gonzalez, surnommé l'excellent Comte, avaient cherché à s'affranchir du joug un peu lourd de Ramire II, prince de Léon; mais la fortune avait trahi Ferdinand: fait prisonnier par son ennemi, il avait été tenu dans une dure captivité et n'avait obtenu la liberté qu'en renonçant à exercer aucun commandement. Les Musulmans, pendant ces luttes fratricides, avaient reporté leur frontière jusqu'au delà de Medina-Céli [553].

[Note 553: ][ (retour) ] Dozy, Musulmans d'Espagne, t. III, p. 64 et suiv. Kartas, p. 417. Ibn-Khaldoun, Berbères, t. I, p. 270, t. II, p. 148-569, t. III, p. 213 et suiv. El Bekri, trad., art. Idricides. Ibn-Hammad, loc. cit. El Marracki, éd. Dozy, p. 27 et suiv.

Expédition d'El-Mansour à Tiharet.--Le khalife Ismaïl voulut profiter de son séjour dans l'ouest pour lâcher d'y rétablir son autorité. Ayant convoqué ses alliés à Souk-Hamza [554], il fut rejoint dans cette localité par Ziri-ben-Menad avec ses Sanhadja. Dans le mois de septembre 917, l'armée s'ébranla et marcha directement sur Tiharet; Hâmid prit la fuite à son approche et gagna Ténès, d'où il s'embarqua pour l'Espagne.

[Note 554: ][ (retour) ] Actuellement Bouïra, au N.-E. d'Aumale.

Une fois maître de Tiharet, le souverain fatemide ne jugea pas à propos de s'enfoncer davantage dans l'ouest, il préféra entrer en pourparlers avec Yala, le puissant chef des Beni-Ifren. Afin de le détacher de la cause oméïade, il lui offrit de le reconnaître comme son représentant dans le Mag'reb central, avec la suprématie sur toutes les tribus zenètes. Yala accueillit ces ouvertures et adressa à El-Mansour un hommage plus ou moins sincère de soumission. Tranquille de ce côté, le khalife alla châtier les tribus louatiennes de la vallée de la Mina, lesquelles étaient infectées de kharedjisme. Après les avoir contraintes à la soumission, il se disposa à rentrer en Ifrikiya; mais, auparavant, il renouvela l'octroi de ses faveurs à Ziri-ben-Menad, dont le secours lui avait été si utile, et lui confirma l'investiture de chef des tribus sanhadjiennes et de tout le territoire occupé par elles jusqu'à Tiharet. Cette vaste région comprenait, en outre des villes d'Achir et de Hamza, celles de Lemdia (Médéa), Miliana, et enfin une bourgade à peine connue auparavant, mais qui avait pris, depuis peu, un grand développement et était destinée au plus brillant avenir, nous avons nommé Djezaïr-beni-Mezr'anna (Alger). Bologguine, fils de Ziri, fut investi par son père du commandement de ces trois dernières places [555].

Retour d'El-Mansour en Ifrikiya.--Avant de reprendre le chemin de l'est, le khalife adressa en Ifrikiya des lettres par lesquelles il annonçait la mort de son père et son avènement sous le titre d'El-Mansour-bi-Amer-Allah (le vainqueur par l'ordre de Dieu). Le 18 janvier 918, il faisait son entrée triomphale à Kaïrouan, précédé par un chameau sur lequel était placé le mannequin d'Abou-Yezid, soutenu par un homme. De chaque côté, deux singes, qui avaient été dressés à cet office, lui donnaient des soufflets et le tiraient par la barbe [556]. Les plus grands honneurs furent prodigués au souverain victorieux.

[Note 555: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. II, p. 6.

[Note 556: ][ (retour) ] Ibn-Hammad, loc. cit.

Peu de temps après, on reçut la nouvelle que Fadel, fils d'Abou-Yezid, était sorti du Sahara à la tête d'une bande de pillards, qu'il ravageait l'Aourès et était venu mettre le siège devant Bar'aï. Mais bientôt il fut mis à mort par un chef zenatien, qui envoya sa tête au kalife. Celui-ci fit expédier en Sicile la peau d'Abou-Yezid et la tête de son fils, mais le vaisseau qui portait ces tristes restes fit naufrage et tout le monde périt. Seul le mannequin de l'Homme à l'âne fut rejeté sur le rivage; on l'attacha à une potence, où il resta jusqu'à ce qu'il eût été mis en lambeaux par les éléments. Aioub, l'autre fils de l'apôtre nekkarien, fut également assassiné par un chef zenète, et ainsi la famille de l'agitateur se trouva entièrement détruite; ses cendres mêmes furent dispersées.

Situation de la Sicile; victoires de l'Ouali Hassan-el-Kelbi en Italie.--Pendant les années d'anarchie qui avaient été la conséquence de la révolte d'Abou-Yezid, la Sicile était demeurée abandonnée aux aventuriers berbères amenés par Khalil. Personne n'y exerçait effectivement l'autorité, et les chrétiens en avaient profité pour cesser de payer le tribut. Ceux-ci tenaient, en réalité, la partie méridionale de l'île, mais ils étaient misérables et vivaient dans un état de luttes permanentes, incertains du lendemain. Beaucoup de villes, tributaires des Musulmans, avaient rompu tout lien avec l'empire. A Palerme, la famille des Beni-Tabari, d'origine persane, avait usurpé peu à peu l'autorité.