La chute d'Abou-Yezid fut le dernier coup porté aux Nekkariens. Aïoub et Fadel, fils de l'homme à l'âne, qui avaient pu échapper, tentèrent de rallier les débris des adhérents de leur père. S'étant associés à un ambitieux de la famille d'Ibn-Khazer, nommé Mâbed, ils parvinrent à réunir une armée et allèrent attaquer Tobna et même Biskra. Mais le khalife ayant envoyé contre eux ses généraux Chafa et Kaïcer, soutenus par les contingents des Sanhadja avec Ziri-ben-Menad, les agitateurs furent défaits et durent se réfugier dans les profondeurs du désert.
Ainsi se termina la révolte de l'Homme à l'âne, sous les coups de laquelle l'empire fatemide avait failli s'écrouler. Abou-Yezid, dont on ne saurait trop admirer la ténacité, l'indomptable énergie et même les talents militaires, se laissa, comme beaucoup d'autres, griser par le succès. Par la seule faute qu'il commit, en ne marchant pas sur El-Mehdïa après la prise de Kaïrouan, il perdit à jamais sa cause. Doit-on le regretter? Nous n'osons affirmer que son succès aurait été bien avantageux pour l'Afrique [552].
[Note 552: ][ (retour) ] Nous avons suivi, pour tout le récit de la révolte d'Abou-Yezid, les auteurs suivants: Ibn-Khaldoun, Berbères, t. II, p. 530-542, t. III, p. 201-213. El-Bekri, passim. Ibn-Hammad, passim. El-Kaïrouani, p. 98 et suivantes. Documents sur l'hérétique Abou-Yezid, par Cherbonneau. Revue africaine, no 78, et collection du Journal asiatique.
CHAPITRE XI
FIN DE LA DOMINATION FATEMIDE
947-973
État du Mag'reb et de l'Espagne.--Expédition d'El-Mansour à Tiharei.--Retour d'El-Mansour en Ifrikiya.--Situation de la Sicile; victoires de l'Ouali Hassan-ben-Ali en Italie.--Mort d'El-Mansour, avènement d'El-Moëzz.--Les deux Mag'reb reconnaissent la suprématie oméïade.--Les Mag'raoua appellent à leur aide le khalife fatemide.--Rupture entre les Oméïades et les Fatemides.--Campagne de Djouher dans le Mag'reb; il soumet ce pays à l'autorité fatemide.--Guerre d'Italie et de Sicile.--Evénements d'Espagne; mort d'Abd-er-Rahman-cn-Nacer; son fils El-Hakem II lui succède.--Succès des Musulmans en Italie et en Sicile.--Progrès de l'influence oméïade en Mag'reb.--État de l'Orient; El-Moëzz prépare son expédition.--Conquête de l'Egypte par Djouher.--Révoltes en Afrique; Ziri-ben-Menad écrase les Zenètes.--Mort de Ziri-ben-Menad; succès de son fils Bologguine dans le Mag'reb.--El-Moëzz se dispose à quitter l'Ifrikiya.--El-Moëzz transporte le siège de la dynastie fatemide en Egypte.--Appendice. Chronologie des Fatemides d'Afrique.
État du Mag'reb et de l'Espagne.--Il n'avait pas fallu à Ismaïl moins de deux années de luttes incessantes pour triompher de la terrible révolte de l'Homme à l'âne. C'était un grand résultat, obtenu grâce à l'énergie du khalife, et le surnom d'El-Mansour qui lui fut donné, il faut le reconnaître, était mérité. Mais, si le principal ennemi était abattu, il restait bien des plaies à fermer. Pendant cette crise, l'autorité fatemide avait perdu tout son prestige dans l'ouest, au profit des Oméïades d'Espagne. Le Mag'reb et Akça, en entier, leur obéissait déjà. Les fils de Ben-Abou-l'-Afia, nommés El-Bouri, Medien et Abou-el-Monkad, y gouvernaient en leur nom. Les Edricides, toujours cantonnés dans le pays des R'omara et obéissant à leur chef Kennoun, se tenaient seuls éloignés du khalife espagnol, mais en se gardant bien de témoigner contre lui la moindre hostilité.
Auprès de Tlemcen, les Beni-Ifrene avaient peu à peu étendu leur domination sur leurs voisins; ayant pris une part active à la révolte d'Abou-Yezid, ils avaient profité de la période de succès de cet agitateur pour augmenter leur empire. Le khalife En-Nacer, par une habile politique, avait nommé leur chef, Yala-ben-Mohammed, gouverneur du Mag'reb central. Enfin, à Tiharet, commandait Hamid-ben-Habbous pour les Oméïades.