[Note 548: ][ (retour) ] Voir Revue africaine, no 74.

Chute d'Abou-Yezid.--Après s'être ravitaillé à Mecila, Ismaïl, en attendant des renforts, alla bloquer la montagne où s'était réfugié son ennemi. Mais celui-ci recevait des vivres de Bantious et autres oasis du Zab, et ne souffrait nullement du blocus. Les contingents des tribus alliées étant enfin arrivés, l'armée fatemide attaqua la montagne; le combat fut rude; mais à force d'énergie, les défilés gardés par les kharedjites furent tous enlevés et les rebelles se dispersèrent en désordre.

Abou-Yezid, entraîné dans la déroute, reçut un coup de lance qui le jeta en bas de son cheval. Ceux qui le poursuivaient, et en tête desquels étaient, dit-on, Ziri-ben-Menad, se précipitèrent sur lui pour le prendre vivant; mais son fils Younès et ses partisans accoururent à son secours, et un nouveau combat acharné s'engagea sur son corps. Les Nekkariens purent enfin emporter leur chef blessé. Un grand nombre de kharedjites avaient été tués. On décapita tous les cadavres, ce qui valut à cette bataille le nom de journée des têtes [549].

L'Homme à l'âne avait pu gagner le sommet de la montagne de Kiana et se renfermer dans une citadelle établie sur un piton appelé Tagarboucet (l'arçon). Ismaïl l'y poursuivit, mais le refuge du rebelle était dans une position tellement escarpée qu'il dut renoncer à l'enlever sur-le-champ. Il planta ses tentes au lieu dit En-Nador (l'observatoire), sur un des contreforts de la montagne, et y commença le Ramadan le vendredi 26 mars 917. Le lendemain, il ordonna l'assaut, mais Abou-Yezid, entouré de ses fils [550], s'y défendit avec le courage du désespoir. En vain les assiégeants s'avancèrent, en traversant des ravins escarpés et en escaladant les roches, jusqu'au pied du dernier escarpement, malgré la grêle de pierres et de projectiles que leur lançaient les assiégés, ils ne purent arriver au sommet, et la nuit les surprit avant qu'ils eussent achevé d'assurer leur victoire. Pendant la nuit, Ibrahim fit incendier les broussailles qui environnaient le fort, afin qu'elles ne pussent favoriser la fuite de son ennemi. Les Houara, dont les habitations avaient été brûlées et les bestiaux enlevés, vinrent le soir même faire leur soumission.

[Note 549: ][ (retour) ] Ibn-Hammad.

[Note 550: ][ (retour) ] Selon Ibn-Khaldoun, Abou-Ammar était aussi avec lui.

Ismaïl avait pu se convaincre, dans ces journées de luttes, qu'il n'avait pas assez de troupes pour réduire son ennemi. Il demanda des soldats réguliers à Kaïrouan et, en attendant leur arrivée, s'installa à son camp du Nador. «Tant que je n'aurai pas triomphé de mon ennemi, disait-il [551], mon trône sera où je campe.» Le khalife passa ainsi de longs mois, pendant lesquels il employa les troupes que le blocus laissait disponibles à pacifier la contrée.

[Note 551: ][ (retour) ] Selon lbn-Hammad.

Enfin les renforts arrivés par mer parvinrent au camp du Nador et l'on donna l'assaut. Cette fois, la forteresse fut enlevée. Abou-Yezid, ses fils et quelques serviteurs dévoués, s'étaient réfugiés dans une sorte de réduit où ils tenaient encore. On finit par y pénétrer, mais l'agitateur n'y était plus; il était sorti par un passage secret et fuyait au milieu des roches, porté par trois hommes, car il était couvert de blessures. Peut-être aurait-il échappé encore si ceux qui le portaient ne l'avaient laissé rouler dans un ravin profond, d'où il fut impossible de le retirer.

Les vainqueurs finirent par le trouver à demi-mort. Ils l'apportèrent au khalife, qui l'accabla de reproches sur son manque de foi et sa conduite envers lui; néanmoins, comme il le réservait pour son triomphe, il fit soigner ses blessures; mais, quelques jours après, l'Homme à l'âne rendait le dernier soupir (août 947). Son corps fut écorché et sa peau bourrée de paille pour être rapportée à El-Mehdïa. Sa chair et les têtes de ses principaux adhérents ayant été salées, furent expédiées à El-Mehdïa. Du haut de la chaire, on y annonça la victoire du khalife, et les preuves sanglantes en furent livrées à la populace.