[Note 581: ][ (retour) ] Actuellement Djebel-Amour.

[Note 582: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, Berbères, t. III, p. 327, t. IV, p. 2, 5, 25.

[Note 583: ][ (retour) ] Loc. cit., t. I, p. 265, t, III, p. 235.

Succès des Oméïades en Mag'reb; chute des Edrisides; mort d'El-Hakem.--El-Hakem voulut profité du départ d'El-Moëzz pour regagner le terrain perdu en Mag'reb, et, tandis que le khalife fatemide s'éloignait vers l'est, une armée oméïade, commandée par le vizir Mohammed-ben-Tamlès, débarquait à Ceuta, avec la mission de châtier le prince edriside pour sa défection. Cette fois, El-Hassan, décidé à combattre, s'avança à la rencontre de ses ennemis et les défit complètement en avant de Tanger. Les débris de ces troupes, Africains et Maures d'Espagne, se réfugièrent à Ceuta et demandèrent du secours à El-Hakem. Le khalife, plein du désir de tirer une éclatante vengeance de cet affront, réunit une nouvelle et formidable armée, en confia le commandement à son célèbre général R'aleb et l'envoya en Mag'reb. Il lui recommanda, s'il ne pouvait vaincre, de savoir mourir en combattant, et lui déclara qu'il ne voulait le revoir que victorieux. Des sommes d'argent considérables furent mises à sa disposition. La campagne devait commencer par la destruction du royaume edriside.

Cependant l'edriside El-Hassan, tenu au courant de ces préparatifs, s'empressa de renfermer ce qu'il possédait de plus précieux dans sa forteresse imprenable de Hadjar-en-Necer, puis il évacua Basra, sa capitale, et se retrancha à Kçar-Masmouda, place forte située entre Ceuta et Tanger. R'aleb ne tarda pas à venir l'attaquer et, durant plusieurs jours, on escarmoucha sans grand avantage de part ni d'autre. Le général oméïade parvint alors à corrompre, à force d'or, les principaux adhérents d'El-Hassan, et celui-ci se vit tout à coup abandonné par ses meilleurs officiers et contraint de se réfugier à Hadjar-en-Necer.

R'aleb l'y suivit et entreprit le siège du nid d'aigle. La position défiait toute attaque et ce n'était que par un blocus rigoureux qu'on pouvait la réduire. Pour cela, du reste, des renforts étaient nécessaires, et bientôt arriva dans le Rif une nouvelle armée oméïade, commandée par Yahïa-ben-Mohammed-et-Todjibi, général qui était investi précédemment du commandement de la frontière supérieure en Espagne. Avec de telles forces, le siège fut mené vigoureusement et il ne resta à El-Hassan d'autre parti que de se rendre à la condition d'avoir la vie sauve (octobre 973). Ainsi disparut ce qui restait du royaume edriside.

Après la chute de Hadjar-en-Necer, R'aleb rechercha partout les derniers descendants et partisans de la dynastie d'Edris, dans le Rif et le pays des R'omara. De là, il pénétra dans l'intérieur du Mag'reb. Arrivé à Fès, il y rétablit l'autorité oméïade et laissa deux gouverneurs: l'un dans le quartier des Kaïrouanides et l'autre dans celui des Andalous. R'aleb parcourut ainsi le Mag'reb septentrional et laissa partout des représentants de l'autorité oméïade.

Après avoir rempli si bien son mandat, R'aleb nomma gouverneur général du Mag'reb Yahïa-et-Todjibi, et rentra en Espagne, traînant à sa suite les membres de la famille edriside, des prisonniers de distinction et une foule de Berbères qui avaient suivi ses drapeaux. Le khalife El-Hakem, suivi de tous les notables de Cordoue, vint au devant du général victorieux, le combla d'honneurs, et reçut avec distinction El-Hassan-ben-Kennoun et ses parents. Il fit des cadeaux à ces princes et leur assigna des pensions (septembre 974).

Peu de jours après, El-Hakem, atteint d'une grave maladie, remettait la direction des affaires de l'état à son vizir, Moushafi. Presque aussitôt, ce ministre se débarrassa des Edrisides, dont l'entretien était ruineux pour le trésor, en les expédiant vers l'Orient. On les débarqua à Alexandrie, où ils furent bien accueillis par le souverain fatemide. La maladie d'El-Hakem avait eu, en outre, pour conséquence, de redonner de l'espoir aux chrétiens du nord, et, comme la frontière avait été dégarnie de troupes, ils l'attaquèrent en différents endroits. Dans cette conjecture, le vizir n'hésita pas à rappeler d'Afrique le brave Yahïa-et-Todjibi pour l'envoyer reprendre son commandement dans le nord. Djafer-ben-Hamdoun, chargé de le remplacer en Mag'reb, emmena avec lui pour l'assister son frère Yahïa.

El-Hakem, sentant sa fin prochaine, réunit, le 5 février 976, tous les grands du royaume et leur fit signer un acte par lequel son jeune fils Hicham était reconnu pour son successeur. Le premier octobre suivant, le khalife mourait et l'empire passait aux mains d'un mineur: c'était la porte ouverte à toutes les compétitions et, par voie de conséquence, le salut du Mag'reb [584].