Vers la même époque (975), Guillaume de Provence mettait fin à la petite république musulmane du Fraxinet. Depuis cinquante ans ces brigands répandaient la terreur en Provence, dans le Dauphiné, en Suisse, dans le nord de l'Italie et sur mer [585].
[Note 584: ][ (retour) ] Dozy, Musulmans d'Espagne, t. III, p. 124 et suiv. Ibn-Khaldoun, t. II, p. 151, 556, 559, 570. Kartas, p. 125 et suiv., 140 et suiv. El-Bekri, passim. El-Marrakchi (éd. Dozy), p. 29 et suiv.
[Note 585: ][ (retour) ] Voir Raynaud, Expéditions des Sarrasins dans le midi de la France, pass. et Élie de la Primaudaie, Arabes et Normands, passim.
Expéditions des Mag'raoua contre Sidjilmassa et contre les Berg'ouata.--Arrivé en Mag'reb, à la fin de l'année 975, Djâfer-ben-Hamdoun s'appliqua à apaiser les discussions qui avaient éclaté entre les Mag'raoua, Beni-Ifrene et Miknaça, et qui étaient la conséquence de la récente immigration des tribus zenètes. Pour les occuper, il permit aux Mag'raoua de tenter une expédition contre Sidjilmassa, où régnait toujours le Midraride Abou-Mohammed-el-Moatezz.
L'année suivante, un grand nombre de Mag'raoua et de Beni-Ifrene, sous la conduite d'un prince de la famille de Khazer, nommé Khazroun-ben-Felfoul, se portèrent sur Sidjilmassa, et, après avoir défait les troupes d'El-Moatezz, qui s'était avancé en personne contre ses ennemis, s'emparèrent de l'oasis: El-Moatezz ayant été mis à mort, sa tête fut envoyée à Cordoue. Khazroun, qui s'était emparé de tous ses trésors, fut nommé chef du pays pour le compte du khalife d'Espagne, dont la suprématie fut proclamée dans ces contrées éloignées. Ainsi à Sidjilmassa, comme sur le cours du bas-Moulouïa, les Miknaça durent céder la place aux Zenètes-Mag'raoua, qui s'installèrent définitivement dans le Mag'reb extrême.
Quelque temps après, une querelle s'éleva entre Djâfer-ben-Hamdoun et son frère Yahïa. Ce dernier vint alors, avec un certain nombre de Zenètes, se retrancher dans la ville de Basra, non loin de Ceuta, où résidait un commandant oméïade. Djâfer voulait marcher contre lui; mais, voyant ses troupes peu disposées à entreprendre une campagne dans le Rif et, en partie, sur le point de l'abandonner, il les entraîna vers l'ouest, contre les Berg'ouata. Cette grande tribu masmoudienne, cantonnée au pied des versants occidentaux de l'Atlas et sur les bords de l'Océan, était devenue le centre d'un schisme religieux, qui y avait pris naissance environ un siècle et demi auparavant, à la voix d'un réformateur nommé El-Yas. Après la mort de ce marabout, son fils Younos avait réuni tous ses adhérents et contraint par la force ses compatriotes à accepter la nouvelle doctrine [586]. De grandes guerres avaient désolé alors le sud du Mag'reb; deux cent quatre-vingt-sept villes avaient été ruinées. La puissance des Berg'ouata était devenue redoutable, et, plusieurs fois, les Edrisides et les descendants de Ben-Abou-l'Afia avaient tenté, mais en vain, de réduire ces hérétiques[587].
[Note 586: ][ (retour) ] Voir ci-devant, p. 238, 255.
[Note 587: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. II, p. 125 et suiv. El-Bekri, Berghouata. Ibn-Haukal, passim.
Ce fut du nom de guerre sainte que Djâfer colora son expédition contre les Berg'ouata. Il s'avança jusqu'au cœur de leur pays, mais alors, ces indigènes, s'étant rassemblés en grand nombre, écrasèrent son armée composée de Mag'raoua et autres Zenètes; les débris de ces troupes se réfugièrent à Basra, et Djâfer rentra en Espagne. Le Vizir, qui craignait l'influence de ce général en Mag'reb, confirma, pour l'affaiblir, son frère Yahïa dans le commandement de la ville de Basra et du Rif, et n'inquiéta pas celui-ci, au sujet de sa défection qui avait été si préjudiciable à Djâfer [588].
[Note 588: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. I, p. 265, t. II, p. 156, 556, 557, t. III, p. 218, 235 et suiv. Kartas, p. 140. El-Bekri, passim.