Dans les dernières années, la cour du Caire, loin de tenir rigueur au vassal de Kaïrouan, avait tout fait pour resserrer les liens l'unissant à elle et empêcher une rupture trop facile à prévoir. Parmi les présents envoyés du Caire en 983 par le khalife à El-Mansour, se trouvait un éléphant qui excita, à Kaïrouan, la curiosité publique au plus haut degré et que le gouverneur eut soin de faire figurer dans les fêtes [597].
[Note 596: ][ (retour) ] Baïnn, t. I.
[Note 597: ][ (retour) ] El-Kaïrouani, p. 115, 133, 134, 135. Ibn-Khaldoun, t. II, p. 15 et suiv.
Puissance des gouverneurs kelbites en Sicile.--Pendant que l'Afrique était le théâtre de tous ces événements, la Sicile devenait florissante sous le commandement des émirs kelbites. Djaber, se livrant à la débauche et ayant laissé péricliter l'état, avait été bientôt déposé par le khalife du Caire et remplacé par Djâfer-ben-Abd-Allah. Celui-ci, après avoir gouverné avec intelligence et équité, mourut en 986. Son frère et successeur, Abd-Allah, qui suivit sa voie, eut également un règne très court. Après sa mort, survenue en décembre 989, il fut remplacé par son fils Abou-l'Fetouh-Youssof. Sous l'égide de ce prince, la Sicile, soumise et tranquille, fleurit et devint le séjour favori des poètes et des lettrés.
Vers la fin du xe siècle, les Byzantins reconquirent sans peine la Calabre et la Pouille, et placèrent le siège de leur commandement à Bari; le gouverneur prit le titre de Katapan. Mais bientôt, les exactions des Grecs indisposèrent les populations qui appelèrent souvent à leur aide les Musulmans. Ainsi, les gouverneurs de Sicile se trouvaient ramenés, pour ainsi dire, malgré eux, sur cette terre d'Italie, où ils avaient combattu depuis près de deux siècles sans conserver de leurs victoires de réels avantages matériels [598].
[Note 598: ][ (retour) ] Amari, Musulmans de Sicile, t. II, p. 330 et suiv. Elie de la Primaudaie, Arabes et Normands de Sicile, p. 158.
Rupture de Ziri avec les Oméïades d'Espagne.--Dans ces dernières années, l'Espagne avait vu une tentative du souverain légitime Hicham II, agissant sous l'impulsion de sa mère Aurore, pour reprendre le pouvoir des mains du vizir Ibn-Abou-Amer. Cette femme ambitieuse et énergique avait compté sur l'émir des Mag'raoua, le berbère Ziri-ben-Atiya, pour l'appuyer dans son dessein, au milieu d'une cour efféminée et courbée sous le despotisme. Ziri avait, en effet, soutenu les revendications du prince légitime dont il avait proclamé le nom en Afrique, en même temps que la déchéance du Vizir.
Mais le chef berbère avait compté sans la hardiesse d'Ibn-Abou-Amer et l'influence qu'il exerçait sur son souverain. Celui-ci n'avait pas tardé à regretter son éclair d'énergie, et, de lui-même, s'était replacé sous le joug. Le Vizir était sorti de cette épreuve plus fort que jamais; pour en donner la preuve, il commença par supprimer à Ziri tous ses subsides, puis il appela aux armes les Berbères dépossédés: Beni-Khazer, Miknaça, Azdadja, Beni-Berzal, etc.; il en forma une armée, destinée à opérer en Mag'reb, et en confia le commandement à l'affranchi Ouadah. En même temps, il prépara une expédition contre Bermude et tous ses ennemis de la Péninsule. Cette fois, c'était la basilique de saint Jacques de Compostelle, célèbre dans toute la chrétienté, qui devait lui servir d'objectif (fin 996) [599].
[Note 599: ][ (retour) ] Dozy, Musulmans d'Espagne, t. III, p. 222 et suiv. Ibn-Khaldoun, t. III, p. 243, 244. El-Bekri, passim.