Victoires de Ziri-ben-Atiya dans le Mag'reb central.--Lorsque Ziri-ben-Atiya fut à peu près guéri de ses blessures, il rallia autour de lui les Beni-Khazroun et autres tribus dépossédées et repartit en guerre; mais, n'osant s'attaquer aux Oméïades, ce fut contre les Sanhadja qu'il tourna ses armes. Il envahit leur pays et mit en déroute Itoueft et Hammad, qui avaient voulu lui barrer le passage. Il vint alors assiéger Tiharet, où Itoueft s'était réfugié.

Sur ces entrefaites, les oncles de Badis, ayant à leur tête Makcen et Zaoui, deux d'entre eux, se mirent en état de révolte, et leur exemple fut suivi par leur parent Felfoul-ben-Khazroun, fils et successeur du commandant de Tobna. Itoueft, Hammad et Abou-l'Behar restèrent fidèles au gouverneur. Ces graves événements décidèrent Badis à marcher en personne contre les ennemis. En 999, il se porta sur Tiharet, débloqua cette ville et força Ziri à la retraite; mais, en même temps, Felfoul-ben-Khazroun s'avançait vers l'est et entrait en Ifrikiya. Force fut à Badis de revenir sur ses pas pour garantir le siège de son commandement, sans avoir pu compléter sa victoire. Ziri reprit alors l'offensive, et après avoir de nouveau défait Itoueft et Hammad, s'empara de Tiharet et de Mecila, puis, se portant vers le nord, il conquit Chelif, Ténès et Oran. Dans toutes ces villes, de même qu'à Tlemcen qu'il avait conservée, il fit célébrer la prière au nom de Hicham II et de son vizir.

Encouragé par ses succès, Ziri pénétra au cœur du pays des Sanhadja et vint mettre le siège devant Achir. En même temps, il écrivit au vizir de Cordoue pour lui rendre compte de ses victoires et lui demander pardon de sa rébellion. Ceux des oncles de Badis que Ziri avait recueillis furent chargés de porter le message en Espagne. Ils y arrivèrent en l'an 1000 et furent bien reçus par Ibn-Abou-Amer; le vizir parut oublier les fautes de Ziri; il rappela son fils El-Modaffer, permit aux Beni-Ouanoudine de rentrer à Sidjilmassa et nomma le général Ouadah gouverneur résidant à Fès. Quant à Ziri, il lui abandonna le commandement des provinces conquises dans le Mag'reb central [601].

[Note 601: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. II, p. 16, 17, t. III, p. 246, 247, 260, 261. Kartas, p. 147, 148. Dozy, Musulmans d'Espagne, t. III, p. 237. Baïane, passim.

Guerres de Badis contre ses oncles et contre Felfoul-ben-Khazroun.--En Ifrikiya, Felfoul-ben-Khazroun était venu mettre le siège devant Bar'aï. De là il avait, dit-on, demandé des secours en Orient au khalife fatemide, alors en froid avec le gouverneur de Kaïrouan. Celui-ci lui aurait expédié Yahïa-ben-Hamdoun, réfugié en Egypte depuis l'assassinat de son frère; mais ce chef, accompagné de quelques troupes, n'aurait pu traverser le pays de Barka, occupé par la tribu hilalienne des Beni-Korra, récemment transportée de Syrie, et ainsi Felfoul serait demeuré réduit à ses propres forces.

Cependant, la panique était grande à Kaïrouan, et déjà l'on barricadait les rues pour se défendre, mais Badis, arrivant à marches forcées, obligea Felfoul à lever le siège de Bar'aï et à rétrograder vers l'ouest. Makcen, oncle de Badis, et ses adhérents, se joignirent alors à Felfoul, et les confédérés firent une nouvelle expédition contre Tebessa, mais ils furent repoussés. Makcen resta seul avec Felfoul, ses autres frères étant allés rejoindre Ziri-ben-Atiya.

En 1001, Hammad marcha contre les rebelles, les attaqua vigoureusement et les mit en pleine déroute. Makcen et ses enfants, étant tombés aux mains du vainqueur, furent livrés par lui à des chiens affamés qui les mirent en pièces. Hammad poursuivit les fuyards jusque dans le mont Chenoua, près de Cherchel, où ils s'étaient réfugiés, et les obligea à se rendre, à la condition qu'on leur permît de passer en Espagne.

Mort de Ziri-ben-Atiya. Fondation de la Kalaa par Hammad.--Au moment où Hammad obtenait ces succès, Ziri-ben-Atiya rendait le dernier soupir sous les murs de la ville d'Achir, qu'il assiégeait depuis longtemps sans succès. On dit que sa mort fut causée par les blessures que lui avait faites le nègre et qui s'étaient incomplètement guéries. Son fils El-Moëzz prit alors le commandement et offrit au gouvernement de Cordoue une forte somme d'argent, avec son fils Moannecer comme otage, pour se faire nommer gouverneur du Mag'reb.

Mais Hammad s'avançait à marches forcées, et El-Moëzz ne jugea pas prudent de l'attendre, car son ennemi culbutait tout devant lui et semblait précédé par la victoire. Achir délivrée, Hamza et Mecila rentrèrent aussi au pouvoir du général sanhadjien, qui rendit à l'empire ses anciennes limites. Il rasa un grand nombre de villes infidèles ou difficiles à défendre et vint fonder, dans les montagnes abruptes de Kiana, au nord de Mecila [602], une ville forte qu'il appela la Kalâa (le château), et qu'il peupla avec les habitants des cités détruites.

[Note 602: ][ (retour) ] Les ruines de la Kalâa (Galâa, selon la prononciation locale) se voient encore dans le Djebel-Nechar, qui ferme, au nord, le bassin du Hodna.