Badis, de son côté, n'était pas resté inactif; sans laisser de répit à Felfoul, il l'avait contraint à se jeter dans le désert. Voyant sa route coupée, le chef mag'raouien chercha un refuge dans la province de Tripoli, alors en proie à l'anarchie, car le khalife du Caire y envoyait des gouverneurs que son représentant de Kaïrouan refusait de reconnaître. Il entra en maître à Tripoli, dont les habitants l'accueillirent en libérateur. Un certain nombre de Mag'raoua le rejoignirent dans cette localité [603].

La peste et la famine ravageaient alors l'Afrique et faisaient des milliers de victimes [604].

[Note 603: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. II, p. 16, 17, t. III, p. 248, 263. Kartas, p. 148. El-Bekri, passim. Ibn-el-Athir, année 386.

[Note 604: ][ (retour) ] Ibn-er-Rakik, cité par les auteurs musulmans.

Espagne: Mort du vizir Ibn-Abou-Amer. El-Moezz, fils de Ziri, est nommé gouverneur du Mag'reb.--Dans le mois d'août 1002, le vizir El-Mansour-ben-Abou-Amer, qui venait de rentrer d'une dernière expédition en Castille, mourut à Medina-Céli. Le rôle qu'il a joué dans l'histoire des Musulmans d'Espagne est considérable; par son indomptable énergie, il a retardé le démembrement de l'empire oméïade, et, par son audacieuse activité, étendu ses frontières jusqu'au cœur des pays chrétiens. Les Musulmans avaient maintenant trois capitales: Léon, Pampelune et Barcelone; les basiliques les plus célèbres avaient été pillées ou détruites, le culte du Christ aboli. Aussi les populations chrétiennes accueillirent-elles avec un soupir de soulagement la nouvelle de la mort du terrible vizir.

Avant de mourir, Ibn-Abou-Amer avait fait venir son fils, Abd-el-Malek, et lui avait fait les plus minutieuses recommandations, car il sentait bien que, malgré l'apparence de la force, son pouvoir était précaire et résultait surtout de la manière dont il l'exerçait. A son arrivée à Cordoue, El-Modaffer trouva le peuple soulevé et réclamant à grands cris son souverain. Or, Hicham II ne tenait nullement à se charger des soucis du gouvernement, et, grâce à ces dispositions, le vizir parvint assez rapidement à faire reconnaître son autorité. Suivant alors l'exemple de son père, il donna tous ses soins à la guerre sainte [605].

El-Modaffer avait trouvé dans sa capitale l'ambassade envoyée du Mag'reb par El-Moëzz, fils de Ziri, il accueillit avec empressement ses propositions, qui lui laissaient plus de liberté d'action pour ses entreprises contre les chrétiens. Le général Ouadah fut rappelé par lui de Fès, et il envoya à El-Moëzz un diplôme daté d'août 1006, lui conférant le titre de gouverneur du Mag'reb pour la dynastie oméïade [606]. Sidjilmassa resta sous l'autorité particulière de Ouanoudine-ben-Kazroun.

El-Moëzz, fils de Ziri-ben-Atiya, s'établit alors à Fès et prit en main la direction des affaires.

[Note 605: ][ (retour) ] Dozy, Musulmans d'Espagne, t. III, p. 238 et suiv.

[Note 606: ][ (retour) ] Voir le texte de ce diplôme. Ibn-Khaldoun, Berbères, t. III, p. 248, 249, 250.