[Note 610: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. II, p. 18, 44, t. III, p. 263, 264. El-Kaïrouani, p. 136, 137.
[Note 611: ][ (retour) ] Ibn-el-Athir, année 407.
Guerre entre Badis et Hammad. Mort de Badis. Avènement d'El-Moezz.--Prenant alors l'offensive, Hammad fit irruption en Ifrikiya, à la tête de nombreux contingents des tribus sanhadjiennes et de quelques Zenètes (Ouadjidjen, Ouar'mert), et vint enlever la ville de Badja, à l'ouest de Tunis. Badis envoya contre lui son oncle Brahim; mais celui-ci passa du côté de son frère, et le gouverneur n'eut d'autre ressource que de se mettre lui-même à la tête de ses troupes. A son approche, l'armée envahissante se débanda et Hammad se vit contraint de fuir. Il se réfugia d'une traite derrière le Chelif.
Badis le poursuivit l'épée dans les reins, entra en vainqueur à Achir, pénétra dans les hauts plateaux, reçut la soumission des tribus zenètes, telles que les Beni-Toudjine, et s'avança jusqu'au plateau de Seressou. Renforcé par un contingent de trois mille Beni-Toudjine, commandés par Yedder, fils de leur chef Lokmane, le gouverneur descendit dans la plaine, passa le Chelif et attaqua son oncle Hammad qui l'attendait dans une position retranchée. Cette fois encore, la victoire se prononça pour Badis, une partie des adhérents de son compétiteur l'ayant abandonné et le reste ayant été facilement dispersé.
Hammad se réfugia, non sans peine, dans sa Kalâa, mais Badis ne tarda pas à venir camper dans la plaine de Mecila, et, de là, fit commencer le blocus de la capitale de son oncle. Pendant les opérations de ce siège; Badis mourut subitement dans sa tente (juin 1016). Comme la peste avait reparu en Afrique, il est possible qu'il succomba au fléau. Cet événement porta le désordre dans l'armée assiégeante composée d'éléments hétérogènes; les auxiliaires s'étant débandés, la Kalâa fut débloquée. Les officiers proclamèrent le jeune El-Moëzz, fils de Badis, âgé seulement de huit ans, et le conduisirent à Kaïrouan pendant que son oncle Kerama essayait de couvrir Achir. Les restes de Badis furent rapportés à Kaïrouan, puis on procéda à l'inauguration de son successeur dont l'extrême jeunesse allait favoriser si bien les projets ambitieux de son grand-oncle. El-Moëzz reçut d'Orient un diplôme où le titre de Cherf-ed-Daoula (noblesse de l'empire) lui était donné [612].
[Note 612: ][ (retour) ] Ibn-el-Athir, année 403.
Conclusion de la paix entre El-Moezz et Hammad.--Hammad avait repris vigoureusement l'offensive; après être rentré en possession de son ancien territoire, il vint mettre le siège devant Bar'aï. Mais il avait trop présumé de ses forces; son neveu ayant marché contre lui le mit en déroute et le réduisit encore à la dernière extrémité (1017). Hammad s'était réfugié derrière les remparts de sa Kalâa, tandis que le vainqueur s'avançait jusqu'à Sétif; il fit proposer à celui-ci un arrangement que le jeune El-Moëzz, bien conseillé, refusa.
Le gouverneur était rentré à Kaïrouan, mais la situation de son grand-oncle ne restait pas moins critique; abandonné de tous, sans argent, il se décida à faire une nouvelle démarche auprès de son petit-neveu et lui dépêcha en Ifrikiya son propre fils El-Kaïd, porteur de riches présents. L'ambassade fut accueillie avec de grands honneurs et, enfin, on arriva à conclure un traité de paix par lequel Hammad reçut le gouvernement du Zab et du pays des Sanhadja, avec les villes de Tobna, Mecila, Achir, Tiharet et tout ce qu'il pourrait conquérir à l'ouest. C'était la consécration du démembrement de l'empire fondé par Bologguine. El-Kaïd reçut aussi un commandement et revint à la Kalâa avec des cadeaux somptueux pour son père (1017).
Espagne, chute des Oméïades: l'édriside Ali-ben-Hammoud monte sur le trône.--Pendant que ces événements se passaient en Afrique, l'Espagne était le théâtre d'une nouvelle révolution. El-Mostaïn, parvenu au trône avec l'appui des Berbères et des chrétiens, n'avait aucune sympathie parmi la population musulmane espagnole; quant aux Berbères, ils ne lui accordaient qu'une confiance relative et ne reconnaissaient, en réalité, que leurs propres chefs, parmi lesquels le sanhadjien Zaoui, gouverneur de Grenade, et l'edriside Ali-ben-Hammoud, commandant de Tanger, avaient la plus grande influence. Les Slaves, qui constituaient un élément important dans l'armée, conservaient toute leur fidélité à Hicham II, bien qu'en réalité personne ne sût s'il était encore vivant.
Khéïrane, chef des Slaves, ayant conclu une alliance avec Ali-ben-Hammoud, celui-ci traversa le détroit, à la tête de ses partisans, avec l'aide de son frère Kacem, gouverneur d'Algésiras; après avoir rejoint les Slaves, il marcha directement sur la capitale. Zaoui se prononça aussitôt pour lui. Le 1er juillet 1016, Ali-ben-Hammoud entra en maître à Cordoue. El-Mostaïn et ses parents furent mis à mort, et, quand on eut acquis la certitude que Hicham n'existait plus, tout le monde se rallia à Ali, qui fut proclamé khalife, sous le nom d'El-Metaoukkel-li-Dïne-Allah (celui qui s'appuie sur la religion de Dieu). Ainsi finit la dynastie oméïade, qui régnait sur l'Espagne depuis près de trois siècles et qui avait donné à l'empire musulman de si beaux jours de gloire. Un Arabe de race, dont la famille, bien que d'origine cherifienne, était devenue berbère, et qui lui-même ne parlait que très mal l'arabe, monta sur le trône de Cordoue.