Ali avait espéré, paraît-il, rendre à l'Espagne la paix et le bonheur, mais il comptait sans les factions. Khéïrane, le chef des Slaves, voulut jouer le rôle de premier ministre tout-puissant; mais le prince edriside n'entendait nullement partager son autorité. Déçu dans ses espérances, le chef des Slaves se mit à conspirer et entraîna dans son parti ses compatriotes et les Andalous. Il fallait un khalife: on trouva un petit-fils d'Abd-er-Rhaman III, que l'on para de ce titre. Moundir, ouali de Saragosse, soutenu par son allié Raymond, comte de Barcelone, se joignit aux rebelles et, au printemps de l'année 1017, tous marchèrent contre le souverain. Ali, qui jusque là avait écarté les Berbères et résisté à leurs prétentions, se jeta dans leurs bras et, avec leur appui, triompha sans peine de ses ennemis. Dès lors, il renonça à faire le bonheur des Andalous, qui reconnaissaient si mal ses bonnes intentions; le pays fut livré de nouveau à la tyrannie des Berbères, et le khalife donna lui-même l'exemple de l'avidité et de la cruauté. Peu de temps après, il fut assassiné par trois Slaves, au moment où il préparait une grande expédition (17 avril 1018) [613].
[Note 613: ][ (retour) ] Dozy, Musulmans d'Espagne, t. III, p. 313 et suiv. Ibn-Khaldoun, t. II, p. 61, 153, 154. El-Bekri, trad. art. Idricides. El-Marrakchi (éd. Dozy), p. 42 et suiv.
Anarchie en Espagne. Fractionnement de l'empire musulman.--Ali laissa deux fils, dont l'aîné, Yahïa, était gouverneur de Ceuta, mais Kacem, frère d'Ali, avait une plus grande notoriété et ce fut lui que les Berbères proclamèrent. De leur côté, Kheïrane et Moundir élirent le petit-fils d'En-Nacer, sous le nom d'Abd-er-Rahman IV, avec le titre d'El-Mortada (l'agréé de Dieu). Zaoui, le sanhadjien, dont la puissance était grande, restait dans l'expectative. Les adhérents du prétendant oméïade essayèrent de l'entraîner dans leur parti et, n'ayant pu y parvenir, marchèrent contre lui, mais ils furent défaits et, peu après, El-Mortada était assassiné par ses partisans. Kacem, resté ainsi seul maître du pouvoir, essaya de rendre un peu de tranquillité à la malheureuse Espagne. Pour cela, il fit la paix avec Kheïrane et les principaux chefs slaves et andalous et leur donna le commandement de villes ou de provinces, où ils s'établirent en maîtres. Ainsi la paix ne s'obtenait que par le morcellement de l'empire musulman.
Vers cette époque (1020), Zaoui abandonna le commandement de la province de Grenade à son fils et rentra à Kaïrouan, après une absence de vingt années; il y fut reçu avec de grands honneurs par son neveu El-Moëzz [614].
[Note 614: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. II. p. 61, 62.
Mais bientôt, Yahïa, fils d'Ali, leva l'étendard de la révolte et, soutenu par les Berbères et les Slaves, marcha sur la capitale. Abandonné de tous, Kacem dut céder la place (août 1021). Yahïa ne tarda pas à éprouver à son tour le même revers de fortune, et Kacem remonta sur le trône (février 1023). Dès lors, la guerre devint incessante entre les Edrisides, et s'étendit jusqu'au Mag'reb où un de leurs parents, du nom d'Edris, allié à Yahïa, parvint à s'emparer de Tanger. L'Espagne se trouva encore livrée aux fureurs de la guerre civile. Yahïa, ayant triomphé une dernière fois de son oncle, le tint dans une étroite captivité; mais alors, les Cordouans, profitant de ce que Yahïa avait choisi Malaga comme résidence, proclamèrent un prince oméïade, Abd-er-Rahman V, sous le nom d'El-Mostad'hir: c'était la réaction de la noblesse arabe contre l'élément berbère. Mais cette société caduque et corrompue était incapable de se gouverner; bientôt une nouvelle sédition renversa El-Mostad'hir et le remplaça par El-Moktafa, sans pour cela ramener la paix, si bien que les Cordouans se décidèrent à appeler chez eux Yahïa, afin de mettre un terme à cette anarchie. Yahïa leur envoya un de ses généraux (novembre 1025). Quelques mois après, une nouvelle émeute plaçait sur le trône de Cordoue un souverain éphémère du nom de Hicham III, appartenant à la famille oméïade [615].
[Note 615: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. II, p. 19, 62, 154. Dozy, Musulmans d'Espagne, t. III, p. 351 et suiv. El-Bekri, Idricides.
Guerres entre les Mag'raoua et les Beni-Ifrene.--Dans le Mag'reb, El-Moëzz, fils de Ziri-ben-Atiya, chef des Mag'raoua, ayant voulu arracher Sidjilmassa des mains des Beni-Khazroun, qui s'étaient déclarés indépendants, avait été entièrement défait et contraint de rentrer dans Fès, après avoir perdu presque toute son armée (1016). Dès lors la puissance des Mag'raoua de Fès fut contrebalancée par celle de leurs cousins du sud. Ils se firent une guerre incessante, dont le résultat fut préjudiciable à El-Moëzz. Son adversaire, Ouanoudine, s'empara de la vallée de la Moulouïa, mit des officiers dans toutes les places fortes et vint même enlever Sofraoua, une des dépendances de Fès. En 1026, El-Moëzz cessa de vivre et fut remplacé par son cousin Hammama. Sous l'énergique direction de ce chef, les Mag'raoua se relevèrent de leurs humiliations en faisant subir de nombreuses défaites aux Beni-Khazroun de Sidjilmassa.
Les Beni-Ifrene étaient, en partie, passés en Espagne; mais un groupe important, resté dans le Mag'reb, se réunit à Tlemcen, autour des descendants de Yeddou-ben-Yâla. Après avoir étendu de nouveau leur autorité sur le Mag'reb central, ils attaquèrent les Mag'raoua de Fès, mais sans réussir à les vaincre; conduits par leur chef Temim, petit-fils de Yâla, ils se portèrent alors sur Salé, enlevèrent cette ville et, de là, allèrent guerroyer contre les Berg'ouata hérétiques [616].
[Note 616: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. II, p. 131, t. III, p. 215, 224, 235, 257, 271. El-Bekri, passim.